Pour Abd al Malik, être français n’est "ni une couleur de peau, ni une religion, ni un sexe"

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :
Le rappeur Abd al Malik revient sur le devant de la scène avec un premier roman et une pièce de théâtre qu’il met en scène au théâtre du Châtelet, à Paris. Au micro de Matthieu Noël, il défend une démarche artistique qui vise à réconcilier les cultures dans un monde tétanisé par la peur. 

Après le rap, Abd al Malik investit le champ littéraire. Dans l’émission L’équipée sauvage, le rappeur a détaillé mardi les grandes lignes de son premier roman Méchantes blessures publié chez Plon. En parallèle, le rappeur de 44 ans met en scène une pièce d'Albert Camus, Les Justes, jouée au théâtre du Châtelet jusqu’au 19 octobre.

Dans ces deux œuvres, Abd al Malik questionne la notion d’identité française dans un pays métissé et multiculturel. "Évidemment, [être français] n’est ni une couleur de peau, ni une religion ni un sexe. C’est le fait d’adhérer à des valeurs à des principes. C’est un rapport au monde finalement", lance-t-il. 

Méchantes blessures raconte l’histoire d’un rappeur star, Kalim, un Français, noir et musulman, d’origine congolaise. Le lecteur le suit dans son voyage à New York où il est victime d’une fusillade. Face à ces violences, le héros, un alter ego d’Abd al Malik, prône alors une société plus solidaire et fraternelle.

"La révolte oui, mais il y a des limites"

L'idée d’une jeunesse prise au piège dans un monde qui nie les minorités est aussi un thème des Justes. La pièce de théâtre explore en effet le parcours de révolutionnaires russes qui décident, en 1905, de tuer le grand-duc pour mettre fin à sa tyrannie.

Fidèle à Camus, Abd al Malik ne défend pas non plus corps et âme la violence légitime. "La révolution oui, la révolte oui, mais il y a des limites, comme les innocents et les enfants. Camus a écrit Les Justes en réponse aux Mains sales de Sartre. Celui-ci disait que la fin justifie les moyens", rappelle le rappeur.

Lui qui "croit de moins en moins au politique" dit aussi proposer un "manifeste politique" dans Méchantes blessures. "La littérature, un roman, c’est un projet politique", explique Abd al Malik. "L’idée, c’est de parler toutes les thématiques qui font débat aujourd’hui et de proposer des amorces de solutions."

Ouvrir les frontières

"Comment faire peuple ?" Voilà la question qui guide le travail d’Abd al Malik, à la fois dans la mise en scène des Justes et dans son roman. Pour trouver la réponse, il faut, selon Abd al Malik, voir "l’autre en soi".

Présenter Les Justes au prestigieux théâtre du Châtelet s'inclut donc dans cette démarche. "C'est dire qu’il n’y a pas de lieu culturel fermé pour qui que ce soit et que c’est ouvert à tous", affirme-t-il. Ouvert, c’est aussi le maître mot de son roman et de sa pièce. Ils suivent un même objectif, selon le rappeur : "mettre les grands textes en écho avec les cultures urbaines et hip-hop pour que les gens puissent se rencontrer".

Europe 1
Par Tiffany Fillon