Pourquoi "The Crown" reste avant tout une fiction

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La très grande qualité de la série Netflix sur les coulisses de la couronne britannique ne doit pas faire oublier qu'il s'agit d'une fiction qui s'arrange régulièrement avec la réalité. C'est ce qu'expliquent, lundi sur Europe 1, les journalistes Corentin Lamy (auteur de "The Crown, le vrai du faux") et Eva Roque (à la tête du podcast Europe 1 "Serieland").

La très attendue saison 4 de The Crown est disponible depuis dimanche sur Netflix. Mais attention, cette (très bonne) fiction sur la famille royale britannique ne doit pas être prise comme un documentaire historique. C'est ce que rappellent dans Culture Médias la journaliste d'Europe 1 Eva Roque et le journaliste du Monde Corentin Lamy, tous deux spécialistes des séries.

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"Un personnage inventé par épisode"

Au-delà de la couleur des yeux de la Reine, la série The Crown multiplie les arrangements avec la réalité historique, bien au-delà des simples détails physiques. "Il y a quasiment un personnage inventé par épisode", explique le journaliste du Monde Corentin Lamy, auteur du livre The Crown, le vrai du faux, dans lequel il passe la fiction au tamis de la réalité historique.

"The Crown n'est pas un documentaire historique, mais une fiction à prendre en tant que telle", abonde la journaliste d'Europe 1 Eva Roque, à la tête du podcast Serieland. Il faut dire qu'avec un budget de 130 millions de dollars par saison, Netflix met les moyens pour rendre sa série la plus réaliste possible. Avec le risque pour le spectateur de confondre fiction et réalité.

Document pas si interdit et larmes de la Reine

Corentin Lamy cite deux exemples marquants d'arrangements de la série avec les faits. Notamment quand The Crown parle d'un documentaire filmé dans Buckingham Palace, et que la reine aurait souhaité faire totalement disparaître. "C'est exagéré", explique le journaliste. "Le documentaire a été diffusé à nouveau deux ou trois ans après son tournage. Certains extraits sont encore montrés régulièrement aujourd'hui, et il est disponible en entier aux archives britanniques."

Même chose pour l'épisode sur la catastrophe d'Aberfan. La reine visite ce petit village gallois détruit par l'effondrement d'une mine de charbon. Dans la série, la reine ne montre aucune émotion, et reconnaît "essuyer un œil sec". Alors qu'elle est apparue émue dans la réalité. "C'est une façon pour les scénaristes de parler du caractère jugé strict de la reine", analyse le journaliste "La série prend le parti de dire que oui, elle est aussi froide qu'elle en a l'air."

"Des personnages que l'on voit un ou deux ans après leur mort" 

La série multiplie ainsi les arrangements avec la réalité, au profit de la fiction. "Il y a des différences fondamentales et des erreurs chronologiques", observe Corentin Lamy. "Parfois, des personnages qui meurent dans la réalité apparaissent un an ou deux plus tard dans la série. On est là effectivement dans le domaine de l'erreur".

Le journaliste pointe également des erreurs qui tiennent selon lui davantage du détail. "Certains personnages tiennent dans la série des propos qu'ils ont jamais tenus en réalité, ils rencontrent des gens qu'ils n'ont jamais vu en vrai. Et on voit des situations qui n'ont simplement jamais eu lieu."

Une réalité trop riche pour la fiction ?

The Crown imagine aussi très régulièrement les entretiens entre la reine Elizabeth II et les Premiers ministres successifs. Des dialogues dont on ne connaît en réalité pas le contenu, puisqu'ils se tiennent dans un huis clos total, sans même la présence d'un garde ou d'un employé de maison. Ils font partie des nombreuses scènes où la fiction et l'imagination des auteurs prennent de fait le pas sur la réalité historique.

Mais selon l'auteur de The Crown, le vrai du faux, beaucoup des erreurs historiques de la série sont avant "petits arrangements avec la réalité extrêmement bien documentés". Les équipes de la série travaillent en effet en lien avec une batterie d'historiens.

Selon Corentin Lamy, difficile d'être totalement réaliste tant l'histoire de la famille britannique est dense. "Ma théorie est qu'il y a beaucoup de choses fausses dans cette série, mais qu'elles sont là pour faire rentrer une réalité longue en dix épisodes par saison", explique-t-il. "On ressort de la série avec a une impression globale qui est quand même assez fidèle à la réalité."

Europe 1
Par Alexis Patri