L'humoriste Caroline Vigneaux explique pourquoi elle est une "féministe optimiste"

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L'humoriste Caroline Vigneaux © Europe 1
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Caroline Vigneaux reprend sur scène son spectacle "Croque la pomme". Un one-woman show qui raconte avec drôlerie l'évolution des droits des femmes. Invitée de "Ça fait du bien", l'humoriste et ancienne avocate raconte comment et pourquoi elle est devenue une "féministe optimiste".
INTERVIEW

Dans son seule en scène Croque la pomme, l'humoriste et ancienne avocate Caroline Vigneaux plaide pour la cause des femmes. Un spectacle qu'elle reprend sur scène ce mardi soir pour la première fois depuis le confinement, dans une version revue et corrigée. L'artiste invitée de l'équipe de l'émission Ça fait du bien sur Europe 1 s'est toujours considérée comme féministe. Elle explique au micro d'Anne Roumanoff comment est née cette identité et pourquoi elle se considère aujourd'hui comme une "féministe optimiste".

Un regard d'avocate sur les progrès féministes

L'humoriste prône "un féminisme de réconciliation" entre les hommes et les femmes. Une démarche qui se veut positive, à l'image de la vision de Caroline Vigneaux sur l'avancée de l'égalité femmes/hommes. Sa vision est d'ailleurs très marquée par son passé d'avocate, s'appuyant d'abord sur les évolutions législatives. "Aujourd'hui, il n'y a plus de lois misogynes en France", observe-t-elle. "La dernière en tombée il y a deux ans, deux ans et demi. Elle nous interdisait l'accès aux sous-marins parce que, soi-disant, 'Vous vous rendez bien compte que si jamais on met une femme dans un sous-marin, bah les mecs vont être obligés de l'attraper'. Apparemment maintenant ça y est, les hommes savent se retenir, donc on peut mettre des femmes dans un sous-marin. Je crois qu'il ne reste que la Légion étrangère à laquelle on n'a pas encore accès. Mais je ne suis pas sûre que ce soit un combat qu'il faille mener vraiment tout de suite pour les femmes."

Pour Caroline Vigneaux, le temps est à l'espoir en matière de droits des femmes. "Je suis hyper optimiste ! Je suis une féministe optimiste", explique l'humoriste. "Ma grand-mère n'avait pas le droit de vote. Vous vous rendez compte où on est arrivés en deux générations ? Ça va dans le bon sens dans tous les pays, même les pays qui ont le plus de mal."

L'émergence tant attendue de la sororité

L'ancienne avocate et toujours admiratrice de Gisèle Halimi observe également que la société porte un nouveau regard sur le féminisme. "Avant, quand j'en parlais, on disait 'Oh chut arrête y'a Caroline, c'est la féministe du groupe, elle est reloue'", se souvient-elle en souriant. 'Maintenant je suis dans l'air du temps. On me dit 'Ah évidemment vous, vous êtes féministe maintenant !', mais ça fait 45 ans que je suis féministe. Je n'ai jamais supporté cette injustice qui voulait que l'on m'interdise de faire quelque chose parce que je suis une fille. Je veux bien que l'on me dise que je n'ai pas le droit parce que je n'ai pas le diplôme, pas l'énergie, pas la taille. Mais pas parce que je suis une fille. Mon sexe ne peut pas être un handicap."

Car l'espoir de la "féministe optimiste" se nourrit d'évolutions plus globales. "Aujourd'hui, grâce à #MeToo, les femmes parlent, et on en parle", indique Caroline Vigneaux. "Ça avance aussi parce que les femmes arrêtent de se laisser faire et qu'au bout d'un moment, elles disent stop. Peut-être que l'on est en train de voir naître la sororité, cette entraide entre les filles. Et moi je trouve que c'est beau. Ça existe de plus en plus, c'est très chouette."

Un combat né de son vécu personnel

Si Caroline Vigneaux a le féminisme ancré en elle, c'est qu'elle a très vite compris les inégalités imposées aux filles. "Quand, enfant, j'étais en robe à smocks et que l'on me disait 'Non Caroline, reste là, prends des crayons', alors que mes cousins avaient le droit de monter aux arbres, je me disais 'Mais pourquoi je suis une fille ?', se remémore-t-elle.

Un sexisme qui l'a également marquée dans sa première carrière. "Dans mon ancien métier d'avocate, il fallait arriver à obtenir une promotion sans passer par le canapé, arriver à être gentille mais pas trop, avoir une tenue qui doit être féminine mais pas aguicheuse. J'ai aussi rencontré beaucoup de femmes qui avaient été violées, agressées… Ce qui me choquait le plus, c'était les clients qui ne comprenaient pas pourquoi ils allaient aux Assises et qui disaient 'Attendez, je n'ai tué personne, je l'ai juste violée'. Je me suis rendue compte que plein d'hommes ne savaient pas que violer une femme est un crime."

"Quand on est un mec, on ne sait pas ce que c'est"

Mais Caroline Vigneaux explique également qu'elle comprend que certains hommes puissent avoir du mal à comprendre les luttes féministes. "J'ai une idée de ce qu'est le racisme, je me doute bien que ce n'est pas bien, je ne suis pas raciste, mais je ne le vis pas. Je ne vis pas le racisme au quotidien comme peuvent le vivre certains de mes amis", compare-t-elle. "Quand on est un mec, c'est pareil : on ne sait pas ce que c'est de se faire siffler dans la rue tous les jours, de se retourner quand on croise un type pour vérifier qu'il n'a pas changé de chemin, de savoir répondre à un mec qui vous emmerde et le faire gentiment pour qu'il ne vous insulte pas, mais pas trop gentiment pour qu'il arrête, etc. Tout ça c'est notre quotidien."

Un quotidien qui a inspiré l'humoriste pour son spectacle intitulé Croque la pomme, en référence à la faute originelle d'Adam et Eve. Ce récit religieux a permis, selon Caroline Vigneaux, de justifier beaucoup des inégalités imposées aux femmes.

Europe 1
Par Alexis Patri