Manifestants grimés en Joker à travers le monde : "On vit dans un monde plein de Jokers !"

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Au Liban, certains jeunes manifestent en se maquillant comme le Joker.
Au Liban, certains jeunes manifestent en se maquillant comme le Joker. © Patrick BAZ / AFP
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De Hong Kong à Beyrouth en passant par Santiago du Chili, des manifestants du monde entier se maquillent comme le Joker, inspirés par le film actuellement en salles. Deux auteurs de comics analysent ce phénomène pour Europe 1.
INTERVIEW

C'est plus qu'un film, c'est un phénomène : Joker, en salles depuis le 9 octobre, déchaîne les passions. En trois semaines, il a généré plus de 800 millions de dollars de recettes dans le monde (722 millions d'euros). En France, plus de trois millions de personnes l'ont déjà vu. Le film de Todd Philipps alimente même les débats politiques depuis que le maquillage du Joker est apparu sur les visages de manifestants à Hong Kong, au Liban ou encore au Chili. "Ce n'est pas un phénomène nouveau. Le masque de V pour Vendetta (roman graphique adapté en film en 2006, ndlr) avait déjà été repris dans des mouvements contestataires (notamment les Anonymous, ndlr)", souligne Brian Azzarello, scénariste de comics.

Une icône ambiguë 

Brian Azzarello connaît bien le personnage du Joker : avec son compère dessinateur Lee Bermejo, il lui a consacré un roman graphique, sobrement intitulé Joker, paru en 2009. "Je crois que pour les manifestants, le symbole du Joker est un moyen d'exprimer une frustration de façon anonyme", analyse Brian Azzarello au micro d'Europe 1. De fait, dans le film de Todd Philipps actuellement en salles, le clown psychopathe est d'abord une source d'inspiration pour une classe populaire méprisée par les élites et qui s'en va manifester dans la rue.

Cette réappropriation du Joker par les auteurs du film interroge tout de même : après tout, il s'agit d'un personnage diabolique, un psychopathe meurtrier. Pas franchement le symbole d'une résistance pacifique. "J'ai adoré le film et c'est vrai qu'il provoque un malaise. À un moment, j'ai eu envie d'aimer ce Joker. Puis, j'ai réalisé qu'il ne fallait pas l'aimer, que c'était se rendre complice de ses actes", estime Brian Azzarello. Cette invitation à prendre ses distances avec le personnage semble nécessaire, tant le film Joker joue avec cette ambiguïté entre compassion et terreur.

Le Joker, plus populaire que Batman

Pour le scénariste de comics, qui a également œuvré sur Watchmen et plus récemment Batman, la popularité actuelle du Joker n'a rien d'étonnant. "Il est insaisissable, imprévisible. Il y a toujours une surprise avec lui, donc il se renouvelle en permanence", estime Brian Azzarello. "En tant que scénariste, j’ai besoin que le lecteur s’attende à ce qu’il commette les pires atrocités… alors que ce n’est pas toujours le cas. Certains disent du Joker qu’il est juste méchant. Ce n’est pas mon avis. Pour moi, le Joker est d’abord complètement fou."

Son collègue dessinateur Lee Bermejo abonde : "On vit dans un monde où tout le monde essaye d'attirer l'attention en étant celui qui sera le plus postmoderne. Le Joker est le personnage le plus postmoderne dans la pop culture. Il suffit de regarder sur Internet. Tout le monde essaye de faire la bonne blague au bon moment. Il faut à tout prix se mettre en évidence. C'est un monde plein de Jokers !", explique-t-il. "Bon, heureusement, tout le monde ne se met pas à tuer des gens…"

Une manifestante libanaise arbore le maquillage du Joker.

© AFP

En festival ou dans les manifestations, le Joker semble parti pour devenir une icône, 79 ans après sa première apparition dans les aventures de Batman. En cela, le film a réussi un joli tour de magie, selon Brian Azzarello : "Il existe de bonnes histoires de Batman sans le Joker. Maintenant, il est évident qu'il existe de bonnes histoires du Joker sans Batman".