"Batman : Damned" : 80 ans après sa naissance, le Chevalier Noir réinventé

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"Batman : Damned" peut se lire sans connaître l'univers de Batman. 8:01
"Batman : Damned" peut se lire sans connaître l'univers de Batman. © DC Comics
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Avec "Batman : Damned", Brian Azzarello et Lee Bermejo tentent de réinventer le mythe de Batman en incorporant des éléments fantastiques. Les deux auteurs expliquent leur démarche au micro d'Europe 1.

Leurs noms ne vous disent sans doute rien, mais Brian Azzarello et Lee Bermejo sont de véritables stars dans le monde des comics. Azzarello, 57 ans, écrit, Bermejo, 42 ans, dessine. Ils étaient tous les deux en France ce week-end pour le Comic Con, où il y avait une queue de plusieurs heures pour la dédicace de leur dernière BD : Batman : Damned, parue chez Urban Comics le 25 octobre. Pile 80 ans après sa naissance, Azzarello et Bermejo réussissent le tour de force de réinventer le Chevalier Noir.

Quand les démons de Batman prennent vie

Le point de départ de Batman : Damned est assez percutant : le Joker est mort. Et non loin de l’endroit où son corps est retrouvé, Batman se réveille blessé et amnésique. A-t-il finalement tué son pire ennemi ? Torturé par cette question, le détective va enquêter dans les bas-fonds de la ville de Gotham. Mais cette fois, Batman est confronté à des démons : les siens, qui hantent son passé, et d'autres bien réels, eux. L'invasion du surnaturel dans son univers l'oblige à faire équipe avec un exorciste, John Constantine.

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En 160 pages très prenantes, Brian Azzarello livre un récit extrêmement original, voire déroutant quand il s'engage pleinement dans la voie du surnaturel. C'est lui qui a eu l'idée de cette histoire, établie en duo avec son compère depuis 15 ans Lee Bermejo. "On fait tout à deux de A à Z. On ne fait pas des histoires sur commande. On arrive avec une idée et on ne leur laisse pas vraiment le choix", raconte Brian Azzarello au micro d'Europe 1. L'éditeur historique de Batman, DC Comics, leur a donc donné carte blanche pour réinventer Batman.

Une carrière en duo

Brian Azzarello et Lee Bermejo ont commencé leur carrière séparément. Azzarello a d’abord travaillé pour DC Comics, avec la série 100 Bullets et surtout les aventures de John Constantine (Hellblazer), un exorciste irrévérencieux porté à l'écran avec Keanu Reeves en 2005. Puis, il est passé chez Marvel, pour qui il a écrit des histoires de Hulk, Luke Cage, avant de revenir chez DC. Lee Bermejo, lui, a dessiné sur de nombreuses séries, notamment Superman et Batman. C'est déjà autour du Chevalier Noir qu'ils ont commencé à collaborer, en 2002. Ensemble, ils ont ensuite réinventé deux méchants iconiques : Lex Luthor puis le Joker. En 2012, ils ont aussi travaillé sur les origines de Rorschach, un des personnages du comics culte Watchmen.

Comment réinventer un mythe ?

Une mission loin d'être simple quand on sait que le Chevalier Noir fête cette année ses 80 ans ! Tant d'histoires mythiques ont déjà été racontées par de grands auteurs. Mais le défi était justement ce qui intéressait Azzarello et Bermejo. "C’est une chance ! Avoir la possibilité d’ajouter sa pierre à un tel édifice après tant de temps, c’est génial. Je trouve toujours quelque chose de nouveau à raconter, une nouvelle approche du personnage", explique le scénariste. "Cette fois, on a retiré le contrôle à Batman, il ne maîtrise rien. Quand il n'est pas le plus intelligent, il est complètement perdu."

Brian Azzarello (à gauche) et Lee Bermejo travaillent ensemble depuis plus de 15 ans.

Au dessin aussi, Lee Bermejo s'est employé à renouveler l'identité du super-héros de Gotham. "Il y a toujours un moyen de réinventer Batman. C’est le super-héros le plus malléable. Vous pouvez absolument tout faire avec lui et son univers. Il suffit de regarder ce qui a été fait. Batman, c’est à la fois la série télé comique des années 1960 et le film très sombre de Tim Burton. C’est le même personnage mais avec deux approches très différentes. On a voulu proposer notre vision à nous", abonde le dessinateur.

Une histoire en "one-shot"

L'autre avantage de Batman : Damned est qu'il est accessible à tout le monde. Pas besoin d’avoir lu d’autres comics pour comprendre. C’est une histoire qui commence à la première page et se termine à la dernière. C’est rarement le cas dans les comics américains. D’habitude, ils prennent la forme d'une série qui s’étale sur plusieurs albums. Un format que rejette Brian Azzarello. "Aujourd'hui, les gens ne lisent plus beaucoup de comics car c'est un monde impénétrable pour eux. La continuité des personnages, ce côté soap opera, ça perd les gens, c'est un vrai problème. Il n'y a pas plus de lecteurs de comics car ils ne savent pas par où commencer", déplore-t-il.

En effet, aux États-Unis, les comics sont d'abord publiés en fascicule, à la semaine ou au mois, avant d'être édités en livre. En France, seul le format cartonné existe. Ce qui permet, dans le cas des séries, d'avoir une numérotation claire. Brian Azzarello, lui, préfère carrément les "one-shot". "Notre livre, c'est un seul volume. On ne vous demande pas de remplir vos étagères avec nos histoires. Je cherche toujours à ce que la première page soit réellement le début de l'histoire", assure-t-il. Avec Batman : Damned, la grande histoire de Batman continue.