Le billet au vitriol de Frédéric Beigbeder sur les César : "Florence Foresti se dit écœurée,elle est écœurante"

, modifié à
  • A
  • A
2:29
© Capture d'écran Europe 1
Partagez sur :
Frédéric Beigbeder, invité d'Europe 1 dans "L'Équipée sauvage" jeudi, a tenu à lire à l'antenne un billet sur la soirée des César, près d'une semaine après l'indignation suscitée par l'attribution du César du meilleur réalisateur à Roman Polanski. 

Après la remise du César du meilleur réalisateur à Roman Polanski, vendredi dernier lors de la 45e cérémonie des César, l'actrice Adèle Haenel a quitté la salle en lançant "La honte". La maîtresse de cérémonie Florence Foresti n'a pas hésité à multiplier les piques à l'égard du réalisateur dont les douze nominations aux César avaient déjà fait polémique puisqu'il est actuellement accusé de viols par douze femmes. Invité de "L'Équipée sauvage" jeudi, Frédéric Beigbeder, a lu un billet d'humeur, qu'il avait préparé à l'avance, pour donner son avis sur la polémique. Le voici, in extenso.

"La cérémonie des César a confirmé de façon particulièrement répugnante tout ce que je dénonce dans mon livre sur le rire dictatorial : une soirée qui devrait être un hommage au cinéma est devenu un festival de stand-up pitoyable, une meute de hyènes en roue libre. Chacun y est allé de son sketch pas drôle, comme dans un spectacle du club Med. Où est passé le cinéma ?

Cette pauvre Florence Foresti qui s'est fait connaître par des imitations costumées chez Ruquier se prend désormais pour une grande intellectuelle obligée de dispenser son opinion sur le bien et le mal. Elle plaisante sur la taille de Polanski pour l'enfoncer en son absence, la même tête de turc pendant trois heures.

Elle ne connaît rien, ni au cinéma, ni au droit pénal, mais on lui confie le pouvoir et elle s'en sert avec une violence absolue. Le tribunal fédéral suisse a jugé que Polanski avait purgé sa peine. Florence Foresti et Adèle Haenel s'improvisent juges. Sont-elles plus compétentes pour dire le droit que le tribunal fédéral suisse, juridiction suprême de la confédération helvétique ?

Elle se dit écœurée, elle est écœurante. La bien-pensance est une intolérance. Comment expliquer à une comique professionnelle que le grand art se situe par delà le bien et le mal ? Que signifie cette blague 'J'accuse, un film sur la pédophilie dans les années 70' ? C'est une plaisanterie ? 'J'accuse' est le titre d'un article d'Emile Zola qui dénonçait une injustice, comme Voltaire lors de l'affaire Calas.

En réduisant J'accuse au casier judiciaire de son réalisateur, ce qu'elle ne fait pas avec Ladj Ly, Florence Foresti ne se rend même pas compte qu'elle reproduit l'injustice de l'affaire Dreyfus. Elle condamne 50 ans après les faits, considère que de nouvelles accusations prescrites et non prouvées suffisent à juger un homme sans avocat. Elle reproduit la tragédie que raconte Polanski."

"Une belle chronique qui n'engage que vous"

Après la lecture de ce billet par Frédéric Beigbeder, Matthieu Noël a tempéré cette prise de parole. "Belle chronique mais qui n'engage que vous", a-t-il fait remarquer. "Il y a des éléments que je trouve justes dans ce que vous dites néanmoins, on ne peut peut-être pas ne pas se soucier de la douleur des femmes", a-t-il ajouté. "On peut se lever dans une salle et ne pas être d'accord sur ce qui se passe", a également souligné Eva Roque. Frédéric Beigbeder a poursuivi en reprochant à Adèle Haenel de s'être levée alors qu'on "couronne un film" contre l'antisémitisme. "Vous parlez de l'oeuvre, pas de l'homme. Adèle Haenel ne se lève pas contre le film mais contre l'homme", a pointé Matthieu Noël.

Europe 1
Par Céline Brégand