Jean Teulé : "Ne sachant pas ce qu’écrivent les autres, j’écris à ma façon"

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Il est l'un des écrivains français les plus lus. Mais être édité a été plus une chance qu'une vocation pour lui. Il l'avoue d'ailleurs sans rougir : il entre rarement dans une librairie.
INTERVIEW

Une chance insolente. C'est ce qui caractérise la carrière de Jean Teulé, qu'on est toujours venu chercher sans qu'il n'ait besoin de s'accrocher, de gravir les échelons ou même ne serait-ce que de frapper aux portes. Douze ans après Le magasin des suicides, l'écrivain, qui vient de sortir Gare à Lou !, un nouveau roman de pure fiction qui fait suite à plusieurs livres historiques, a raconté son parcours romanesque dans l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie, dimanche, sur Europe 1.

Son travail salué, il quitte le monde de la BD 

Plutôt cancre au collège, le corps professoral destine Jean Teulé à des études techniques. Démoralisé, il tombe alors sur un professeur de dessin "génial" qui le fait travailler jusqu'à ce qu'il soit admis à l'école parisienne de la rue Madame. La voie technique s'éloigne et la chance continue de lui sourire ensuite : une libraire parle de lui et de ses dessins à l'auteur de BD André Barbe qui le fait à son tour entrer à la revue L'Écho des savanes. Jean Teulé en devient un pilier, un auteur de BD renommé jusqu'à ce que le festival d'Angoulême lui remette un prix qui lui donne une sensation écrasante, celui de  "contribution exceptionnelle au renouvellement du genre de la bande dessinée". "J’ai cru que j’étais mort", glisse l’intéressé. Deux jours plus tard, il appelle Casterman, son éditeur, pour dire qu’il arrête la BD.

Entendu sur europe1 :
J’ai failli faire demi-tour mais par cupidité, j’ai écrit un premier roman. Il a marché et je me suis dit 'ça me plaît vachement ce boulot'

Entre temps, on est venu le chercher pour qu'il fasse de la télé. Une nouvelle vie a alors commencé. Sur le petit écran, il est une nouvelle fois repéré par une éditrice qui le convoque et lui dit qu'elle est persuadée qu'il est un écrivain qui s'ignore. "Je ne lisais pas de romans, ça ne m’intéressait pas, et ça ne m’intéresse toujours pas, je n’en lis toujours pas. C’était un moment où j’avais besoin d’argent", reconnaît l'auteur. Quand il arrive dans son bureau, Jean Teulé repère tout de suite qu’il y avait un contrat et à côté, un chèque. "Je vois 50.000 francs; (7.500 euros environ)." Il accepte d'écrire le livre, part en métro avec le contrat et le chèque. "J’ai failli faire demi-tour mais par cupidité, j’ai écrit un premier roman. Il a marché et je me suis dit 'ça me plaît vachement ce boulot'."

Entendu sur europe1 :
Ne sachant pas ce qu’écrivent les autres, j’écris à ma façon

Jean Teulé le concède : il a eu "vraiment de la chance" dans sa vie. "Quand je faisais des BD, elles étaient originales, pas parce que je le voulais mais parce que je ne savais pas ce que faisaient les autres. Tout le temps où j’ai travaillé à la télé, je n’ai pas eu la télé. Je ne savais pas comment les gens parlaient, donc je parlais comme je parlais à mes potes. Ça passait pour quelque chose d’original. Les romans, c’est la même chose. Ne sachant pas ce qu’écrivent les autres, j’écris à ma façon."

Pas l'envie de parler de lui dans ses livres

L'écrivain ne sait pas ce que fait la "concurrence" puisqu'il avoue carrément ne pas fréquenter beaucoup les librairies "sauf pour dédicacer". "Ou sauf quand j’écris des livres historiques pour chercher des trucs d’historiens, pour bien connaître le sujet dont je vais parler." Mais avec son dernier roman qui raconte l'histoire d'une ado qui a le pouvoir de transformer en réalité ce qu'elle souhaite aux gens, il n'a pas eu cette contrainte de recherches. À l'inverse de ses romans historiques, il a pu se "lâcher complètement" mais sans verser dans l'autobiographique. "Le monde actuel me gonfle un peu. Je n’ai pas envie de parler de moi. Pour beaucoup d’écrivains, c’est 'J’ai mal au genou, je vais faire un livre là-dessus, ça devrait intéresser le monde entier'. Moi, je m’en fous complètement de ça", conclut le romancier.