Bruno Salomone se confie sur sa misophonie : "Dès que quelqu'un mastique, ça m'agace"

  • A
  • A
(photo d'archives) 5:00
(photo d'archives) © EUROPE 1
Partagez sur :
Bruno Salomone a écrit une fiction sur les misophones, ces personnes agacées voire anxieuses à l'écoute de certains bruits. Une pathologie dont le comédien souffre lui-même. 
INTERVIEW

Mastications, reniflements, et même respirations : certains bruits énervent et obsèdent, jusqu'à rendre anxieux, ceux qu’on appelle les misophones. C’est le cas de l’humoriste Bruno Salomone, qui sort son deuxième roman Les Misophones. "C’est littéralement la haine des sons, les gens sensibles de la feuille, de certains bruits", explique le comédien samedi au micro de Philippe Vandel.

Ça peut être cette personne au cinéma qui vous énerve lorsqu’elle mange du pop-corn, ou de quelqu’un qui renifle un peu trop fort. "Ça peut vous irriter, jusqu’à vous obséder", assure Bruno Salomone. Dans son roman, Damien, misophone, se rend tous les matins dans le même bar et observe que le serveur, Alexi, a le regard tendu à chaque fois qu’il croque dans sa tartine grillée, et comprend qu’il a alors affaire à un misophone comme lui.

"Vous pouvez devenir un serial killer" 

Comme ses personnages de fiction, Bruno Salomone est misophone et a détecté sa misophonie à l’âge de 10 ans. "Dès que quelqu’un mastiquait, ça m’agaçait, ça m’irritait et je bloquais dessus, je regardais leur bouche", confie-t-il. Sans vouloir les préciser, il assure qu’"un paquet" de bruits le dérangent, dont certaines respirations. "J’adore les sons, c’est mon métier, je fais des bruitages... Et on a tendance à penser qu’on n’aime pas les sons de manière générale quand on est misophone mais ce sont certains sons seulement. Ils sont répertoriés dans notre cerveau, et après on est obsédé par ces sons", précise Bruno Salomone.

Lors d’un spectacle, "ça peut arriver que quelqu’un au premier rang mâche un chewing-gum et je focalise dessus, ce n’est pas agréable… Mais je me concentre sur ce que je fais, et si ça prend le pas sur l’ambiance, alors j’interagis, j’improvise dessus", confie-t-il encore. Si un misophone supporte en général ses propres sons, le bruit des autres peut provoquer chez lui des actes violents. "Il y a une échelle d’activation de la misophonie, de 0 à 10, et à 10 vous passez à l’acte. Vous pouvez devenir un serial killer. Je ne l’invente pas, il y a eu des actes de violences", assure le comédien. 

Un syndrome pas si rare... mais sans remède 

Aux Etats-Unis, où 40 millions de personnes seraient touchées par ce trouble neuropsychique, la misophonie est appelée "SSSS", "syndrome de sensibilité à des sons sélectionnés" dans sa traduction française. "A priori, ce serait un dysfonctionnement du cerveau, du cortex cingulaire. Il y a une part de psychologie mais ça peut se déclarer dès l’âge de 5 ans donc ce n’est pas forcément psychologique non plus", souligne Bruno Salomone, qui s’est beaucoup renseigné sur le sujet afin d’écrire son roman. "Le problème de cette pathologie, c’est qu’il n’y a pas de remède. Celui qui l’a découvert, Pawel Jastreboff, dit qu’il faudrait associer un son désagréable à un son agréable pendant 9 mois pour le 'déprogrammer' mais c’est infaisable', estime l’écrivain misophone. 

Selon lui, le plus problématique reste de faire comprendre et accepter cette pathologie aux autres, à ses proches comme aux inconnus, d’où l’idée d’en écrire un roman. "Aujourd’hui mes proches sont tous au courant. Et maintenant qu’ils ont lu le livre, ils ont intégré ce que c’était et se sont même excusés de m’avoir fait subir tout ça (…) Mais j’essaye de ne pas être un tyran. J’en ris, il faut relativiser". 

Europe 1
Par Mathilde Belin