Relations entre la Chine et le Vatican : le miracle de Pâques n’a pas eu lieu

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

L’échec de la diplomatie secrète. Pékin et le Vatican devaient annoncer un accord historique sur la nomination des évêques en Chine. Mais le miracle de Pâques n’a pas eu lieu.

Il y a des catholiques chinois qui pensent que le miracle, c’est justement qu’il n’y ait pas eu d’accord… Que le Ciel a fait capoter la realpolitik, que le Saint Esprit a balayé les calculs des diplomates envoyés par le parti communiste et ceux tout aussi retors du Saint-Siège.
Pourquoi ? Parce que ces catholiques sont ceux de l’église clandestine. Des chrétiens qui s’obstinent à refuser le joug du parti, le contrôle de la police secrète, les accommodements avec la dictature. Leur position n’a jamais été facile, elle a parfois été atroce. Il y a une litanie de martyrs, des évêques qui ont croupi au laogai, le goulag chinois. On ne sait pas trop combien ils sont, quelques millions au milieu d’un milliard et demi, mais comme le sel de la terre, ils irritent le régime. Pékin refuse que des Chinois soient sous l’autorité d’une instance étrangère.

D’où l’Association catholique patriotique.

L’église patriotique, une église parallèle, officielle, fondée sous Mao. À sa tête, des évêques nommés par le Parti communiste. Ce ne sont pas forcément des auxiliaires de police, ni des Tartuffes. C’est comme sous la révolution française, les prêtres forcés de jurer fidélité à la Convention et ceux qui refusaient la constitution civile du clergé.
En 70 ans, il y a eu tous les cas de figures.
Il y en a qui ont changé de bord, dans les deux sens. Dieu (et le Diable) reconnaitront les leurs.
Aujourd’hui, 60 évêques sont reconnus tout à la fois par Pékin et par Rome. Et dix-sept, par Rome seulement. Et Rome aimerait bien que ceux-là abandonnent leur place à d’autres choisis par Pékin.

Pourquoi le Vatican abandonne ces loyalistes ?

Depuis qu’il est pape, François veut un accord avec la Chine. Ce serait la grande œuvre de sa politique étrangère. Ce Pape est un jésuite et l’empire du Milieu a toujours fasciné la Compagnie de Jésus. Et c’est la génération Vatican II qui a cru à l’ostpolitik, l’ouverture à l’est.
Sur ce sujet comme sur d’autres, le pape François fait le contraire de Jean-Paul II.

S’entendre sur la nomination des évêques, c’est le premier pas vers une normalisation.

Ensuite, la reconnaissance mutuelle, des relations diplomatiques et après, qui sait ? Un voyage papal ?
L’enjeu est évident. Une église qui se veut catholique, c’est à dire universelle ne peut pas ignorer le plus grand pays au monde, le plus peuplé, bientôt la première puissance. C’est l’avenir.
Il y a une douzaine de millions de catholiques, clandestins ou officiels. Mais cent millions de protestants. Chiffre en croissance. D’ailleurs, les communistes s’en inquiètent.
Avec Xi Jin Ping, le parti veut resserrer son étreinte sur ces Chinois qui sont en silence dans une forme de dissidence.
D’où peut-être l’échec de cet accord qui aurait dû être fêté dimanche.