Le train nord-coréen : les visages de la puissance coréenne

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Kim Jong Un était-il hier en Chine ? Ce serait son premier voyage à l’étranger depuis son arrivée au pouvoir, il y a sept ans. En tout cas, le train officiel du régime nord-coréen est passé à Pékin et il n’est pas passé inaperçu.

Surtout des banlieusards et des voyageurs chinois, parce que tout le réseau a été perturbé par cet intrus, des heures de retard, on se serait cru dans le TGV en période estivale. Ajoutez les palissades montées à la hâte pour isoler le convoi sur son quai, le cortège officiel avec les motards, l’effervescence de la sécurité à Tien An Men, ce n’était pas une visite discrète.

Un train blindé n’est pas fait pour être discret.

Autant aller faire ses courses en chaise à porteur.
Le train blindé est une machine de pouvoir, comme Air Sarko.
C’est un mode de locomotion adapté à la guerre civile. C’est pour cela que les communistes l’apprécient.
Le train de Trotski hérissé de canons et farci de livres, le Krajina express des milices Serbes en Croatie. celui de Mao avec son lit à trois places. Les tyrans nord-coréens ont même fait du train blindé le symbole de leur dynastie.
Le grand père de Kim s’est fait enterrer avec le sien, on visite son wagon au Mausolée où sèche la momie du leader suprême. Le père de Kim en avait une demi-douzaine, tous identiques. Verts avec une bande noire, double blindage, deux locos et une vingtaine de wagons, avec hélicos et bloc opératoire. À l’intérieur, ça fleure la pension de famille, fauteuils en velours, rideaux en dentelle, le désign, c’est Jules vernes plutôt que Stark. Et ça roule à 60 kilomètres/heure, pire qu’un TER dans la France périphérique.
Mais avec le train blindé, c’est l’histoire qui déboule.

On n’a pas la preuve que Kim Jong Il était à bord.

Les vitres sont noires. Le pouvoir doit rester aussi mystérieux que les horaires des TGV le lundi de Pâques, veille de grève.
À bord, il y avait un dignitaire qui a passé la nuit à la résidence officielle des hôtes étrangers. Si ce n’est lui, c’est donc sa sœur, Kim Yo Jong qui a déjà joué les émissaires aux J.O.
Toute l’Asie spécule, sauf les journalistes chinois qui avaient reçu l’ordre de ne pas parler de la Corée du nord.
Les dirigeants ont bien mis en scène leur rencontre, sans la montrer, ni même la confirmer. Du grand art.

Quel est l’enjeu ?

Dans un mois, Kim Jong Un a rendez-vous avec son homologue sud-Coréen. D’ici deux mois, il est prévu qu’il rencontre Donald Trump. On ne sait pas où ils se parleront, ni quand, ni de quoi.
Kim Jong Un se dit prêt à la dénucléarisation de la péninsule. Est ce qu’il accepte un démantèlement rapide de son arsenal et où est ce qu’il voit cela comme le désarmement russo-américain pendant la guerre froide, chacun gardant sa force de dissuasion.
Pour l’instant, on discute des discussions à venir. Le ministre des affaires étrangères nord-coréen était exprès en Suède, la semaine dernière. D’autres diplomates sont allés sonder les occidentaux à Helsinki. Et puis, la diplo de l’ombre a toujours son canal secret, aux Nations Unies. Mais dans tous les cas de figure, la Chine sera directement associée à l’élaboration d’un nouveau système de sécurité régionale.
Pékin a bien pris le train en marche.