Expulsion des diplomates : une mesure purement symbolique et théâtrale

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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C'est une décision sans précédent. En réaction à l'empoisonnement de l'ex-espion Skripal en Grande-Bretagne, plusieurs pays européens ont décidé d'expulser des diplomates russes.

Admirez cette virilité européenne ! Tremblez Moujiks (paysans russes), guébistes (agents du KGB), apparatchiks… 14 pays européens prient des fonctionnaires russes, plus ou moins espions, d’aller se faire pendre ailleurs. 

Taper du pied plutôt que claquer la porte. Vous me direz qu’il est toujours plus facile d’expulser un étranger qui a un passeport diplomatique qu’un délinquant sans papier. C’est vrai, on dirait que les ambassades russes sont pleines de types (couleur muraille) qui se tiennent prêts à monter dans le bus pour l’aéroport, avec leur valise, la fameuse "valise diplomatique". Ils ne servent pas à grand-chose, surtout au service de presse. En expulser quelques dizaines est beaucoup moins grave que de rappeler les ambassadeurs en poste à Moscou, ou carrément de suspendre les relations diplomatiques.

Dans la scène de ménage, c’est la différence entre taper du pied par terre et claquer la porte. Et je ne parle pas des vraies représailles, qui seraient une séparation de corps. Cela aurait consisté pour les Britanniques à refuser désormais l’argent russe, à dénoncer la "roublardisation" de la City. Il aurait alors fallu empêcher Gazprom d’investir la semaine dernière plusieurs centaines de millions, au moment même où Theresa May dénonçait le Kremlin à la Chambre des communes. Les Britanniques prennent le monde à témoin, font tout un tapage, mais ne veulent surtout pas jeter les Russes dehors. Pas question de casser la vaisselle.

L’Union européenne fait front commun. Jeudi soir, au Conseil, Theresa May a de nouveau asséné que l’empoisonnement de Serguei Skripal par les services russes était l’hypothèse "la plus plausible". Ses partenaires de l’Otan avaient déjà manifesté leur indignation, plus ou moins spontanée, et parfois même à contre cœur. Theresa May a exigé que ceux-là aillent au-delà des phrases toutes faites, qu’ils prennent des mesures concrètes. 

La Première ministre a dû être inspirée par le souvenir de Margaret Thatcher réclamant son chèque, au point d’ulcérer Jacques Chirac qui se demandait à voix haute ce que cette ménagère voulait de lui, en plus, sur un plateau. Theresa May a obtenu des expulsions concertées. La France et l’Allemagne se sont mis d’accord sur quatre expulsions chacun. Les autres se sont alignés. Le Président du Conseil, le Polonais Donald Tusk, était ravi. La Pologne est toujours partante pour rejouer la guerre froide. En plus, Vladimir Poutine répétant volontiers que l’Europe n’existe pas sur le plan politique, qu’elle est morte née, il a ainsi le bonjour d’Alfred !

Une tempête dans un verre de vodka ? Les expulsions commencent le 1er avril, difficile à prendre au tragique. En même temps, tout ce théâtre diabolise, fabrique un ennemi. Tous participent à la surenchère. Moscou mobilise l’opinion contre l’agression permanente que complote l’occident. Et ici, on dénonce sur tous les tons la menace que constitue la Russie de Poutine qui refuse d’abandonner la Crimée, le Dombass, Bachar al-Assad et la course aux armements nucléaires. 

C’est embêtant car l’Europe a de vrais sujets à discuter avec la Russie. La sécurité et l'énergie notamment.