"Le catch est un sport bidon !"

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La Morale de l'Info est une chronique de l'émission Europe matin
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Pour montrer qu'il lutte contre les fake news, Trump s'est mis en scène dans un fake sport. Et de ce point de vue, son tweet s'autodétruit. 

Vous revenez ce matin sur le tweet incroyable du président américain, Donald Trump, qui le montre lui-même en train de tabasser, en marge d'un combat de catch, un adversaire dont le visage a été remplacé par le logo de CNN.

A force de s'indigner de la violence dont cette image témoigne à l'endroit de la presse en général, on en oublie la première chose à dire !

Quoi ?

Le catch est un sport bidon ! En fait, le catch n'est pas un sport, le catch n'est qu'un spectacle. Pour montrer qu'il lutte contre les fake news, Trump s'est mis en scène dans un fake sport ! Et de ce point de vue, son tweet s'autodétruit. Trump est dangereux pour lui-même.

Pourquoi dites-vous que le catch n'est qu'un spectacle ?

Les catcheurs sont des acteurs, explique Roland Barthes, dans le plus beau de ses Mythologies ("Le monde où l'on catche"). Les chutes sont des cascades. Les étranglements ne sont pas des étranglements. Le catch est truqué, dit Barthes, mais le public s'en fout. Ce qui lui importe, ce n'est pas ce qu'il croit, mais ce qu'il voit. C'est la raison pour laquelle le catch propose des gestes excessifs, exploités jusqu'au paroxysme de leur signification.
Quand le catcheur est vaincu, sa défaite est spectaculaire. Quand il triomphe, rien ne manque à sa victoire. Quand il est fourbe, il a la gueule en biais. Le catch est une pantomime, dont les acteurs ont toujours la mine adéquate, comme un masque antique chargé de signifier le moment du spectacle. Et l'histrion qui s'y réfère comme à une métaphore de son action, confesse, par là même, qu'en toute circonstance, il joue la comédie.

Mais, pour en revenir au tweet de Donald Trump, même si c'est de la comédie, c'est quand même une image très violente.

Bien sûr. Et c'est d'autant plus grave que c'est le dépositaire en personne de la violence légitime qui légitime un comportement de voyou. Mais c'est une violence limpide. Le catch, dit Barthes, est totalement transparent. L'enjeu, n'est pas de l'emporter sur son adversaire, mais d'imposer une lecture immédiate de son intériorité, à l'image de Trump tabassant CNN. Le catch ne supporte ni la pudeur, ni l'ambiguïté. Le catch est sans secret, ni second degré. C'est la raison pour laquelle il ne met en scène que le Mal et le Bien, ou le salaud et le Justicier. Ecoutez Barthes : au catch, le salaud est un instable, qui admet les règles quand elles lui sont utiles, un homme imprévisible, asocial, qui trahit la loi quand ça lui convient. Tantôt, comme Trump, il nie la limite formelle du ring, et continue de frapper un adversaire protégé légalement par les cordes, tantôt, comme Trump, il rétablit cette limite et réclame la protection de ce qu'un instant avant, il ne respectait pas. Ms évidemment le salaud n'est rien, ajoute Barthes, sans l'appoint d'un justicier dont le rôle est de détruire le fourbe - à l'image du contre-tweet (en réponse à celui de Trump) où l'on voit un autre catcheur à l'effigie du ministère de la Justice démolir le futur président américain.

La morale de l'info

(Barthes encore) "Au catch, rien n'est plus excitant pour la foule que le coup de pied emphatique donné à un salaud vaincu"