Florilège des perles du bac édition 2017

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La Morale de l'Info est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Raphaël Enthoven décortique la cuvée 2017 des perles du bac.

La cuvée 2017 des perles du bac vient de tomber ! Un excellent cru où l'inculture est rehaussée par quelques notes de poésie.

Oui, de l'avis des experts, c'est une très belle année, et on n'a pas fini de les déguster. Pourtant, le mot de "perle" est équivoque, puisqu'il est à la lisière de la flatulence (la perle qu'on lâche) et du bijou. De fait, les "perles" du bac sont (le plus souvent) des niaiseries magnifiques dont la sottise est sauvée par l'imagination, et témoignent d'une authentique inventivité conceptuelle.

Une inventivité conceptuelle ?

Ecoutez ça : "le bonheur est un sentiment d'heureusité. Chacun a la caricature de son heureusité, c'est personnel. L'heureusité est la clef du bonheur." Kant ne dit pas autre chose ! Sauf que, pour désigner ce bonheur empirique et miteux, ce n'est pas Kant, mais un élève de terminale, qui a forgé le néologisme germanique d'"heureusité".
D'ailleurs, la disparité des bonheurs disponibles est elle-même célébrée par cet autre candidat qui affirme que "chacun voit le bonheur d'un oeil différent, Causette mange du pain, Hitler tuait des juifs tandis que d'autres mangent du chocolat ds leur lit."

En fait, les perles du bac sont des moments d'absurdité qui ne manquent pas de bon sens ?

Exactement ! Il y a toujours une logique à l'oeuvre sous la déclaration aberrante, à l'image de ce candidat rousseauiste qui déclare sagement que, "pour se libérer de sa culture, il faut tout d’abord oublier tout ce qu’on sait. Ainsi nous devenons stupides mais libres, et c’est peut-être mieux comme ça ". Cela dit, les meilleures perles ne sont pas celles qui témoignent d'un vague apprentissage dont la mémoire fournit ensuite une version rigolote, mais celles qui expriment une inculture profonde et maladroitement compensée par une tentative de rationalité.

Par exemple ?

En réponse à la question de savoir s'il suffit d'observer pour connaître, un candidat a finement observé lui-même que "Gilbert Montagné, grand pianiste et chanteur français, connaissait très bien le solfège." Avec les perles du bac, l'enfance fait de la résistance au cœur-même de l'examen qui la congédie. Tantôt (on l'a vu), elle s'y prend par la candeur, tantôt, c'est un cynisme naïf mais rationnel qui préside aux âneries : "La canicule, fait valoir un tel, est peut-être la solution pour résoudre le problème des retraites" ; "les gens au chômage, affirme cet autre, sont les premiers à faire grève dans la rue parce que leur salaire est gratuit." Mais, chaque année, le sommet est atteint par ceux qui, prenant une métaphore au 1er degré, opèrent des fusions stupéfiantes que les surréalistes n'auraient pas reniées, comme celle-ci : "Le trou de la sécu est de plus en plus grand, au point que la France tout entière va bientôt tomber dedans." ou celle-là, d'un historien clinique : "Le régime de Vichy a toujours été très bon pour la santé."

Excellent ! Et La morale de l'info ?

La plus belle. Imparable et définitive. En réponse à la question de savoir si la raison peut rendre raison de tout : "Ce n’est pas la raison qui peut rendre raison de tout, c’est juste qu’à la fin, personne n’a raison et tout le monde meurt."

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