"Simone Veil au Panthéon, c'est l'équivalent symbolique du droit à l'IVG dans la constitution"

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
La Morale de l'Info est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Raphaël Enthoven réagit à la décision d'Emmanuel Macron de faire inhumer Simone Veil et son mari au Panthéon. 

"J'ai décidé, en accord avec sa famille, que Simone Veil reposerait avec son époux au Panthéon." Emmanuel Macron l'a déclaré au terme du discours qui rendait hommage à celle qui fut notamment en charge, comme ministre de la Santé, de faire adopter la loi (dite "loi Veil") dépénalisant le recours à l'IVG.

La décision du président a d'ailleurs immédiatement (et longuement) applaudie - ce qui ne se fait pas du tout dans des circonstances comme celle-là. C'est dire le climat d'évidence qui entoure cette entrée au Panthéon. Simone Veil au Panthéon, ça va de soi. Et l'éternité n'a pas eu longtemps à attendre.

Pourtant, Simone Veil ne fait pas l'unanimité dans l'opinion publique, et il y a aussi des gens qui la détestent.

C'est ça qui est étonnant ! Rousseau, Voltaire, Victor Hugo, Malraux ou Jean Moulin faisaient consensus. Hormis quelques allumés, personne ne pouvait s'offusquer qu'ils y entrassent. Mais Simone Veil, vous l'avez dit, ne fait pas l'unanimité ! L'évidence de sa "panthéonisation" voisine avec le sentiment (plus répandu qu'on ne pense) qu'elle était le Diable en personne. De sorte que (pour le meilleur) l'entrée au Panthéon de Simone et Antoine Veil n'est pas seulement un moment de réconciliation nationale autour des grandes causes qui forgent la République, mais c'est aussi un coup politique, et un moment de crise qui met les détracteurs de Simone Veil en très mauvaise posture.

Pour quelle raison ?

Simone Veil est le cauchemar de trois catégories de personnes (qui parfois sont les mêmes). Il y a les antisémites et les négationnistes, qui vomissent tant qu'ils peuvent "la juive" dont le témoignage est un démenti permanent au désir de croire que la Shoah n'a pas eu lieu. Il y a les europhobes qui, en amont de la construction européenne, ne lui pardonnent pas le geste fou d'aimer l'Allemagne malgré ce qu'elle a vécu. Et il y a les adversaires de l'IVG, qui abominent "l'avorteuse" dont la loi éponyme est à l'origine, disent-ils, d'un génocide de fœtus ou encore (c'était l'argument du FN en 1975) d'une baisse tendancielle de nos retraites, ce qui (à leurs yeux) était pire. Et tout ça glaviote ensemble, et patauge dans la même mélasse depuis 1975.

Mais que change, alors, son entrée au Panthéon ?

Ça change tout. C'est l'équivalent symbolique de l'inscription du droit à l'IVG dans la constitution (qui était la plus audacieuse proposition de campagne de Jean-Luc Mélenchon). La perpétuation de l'oeuvre de Simone Veil, comme de sa mémoire, impose qu'on en fasse du marbre. On peut attaquer une ministre et on peut insulter une femme, mais on ne peut rien contre un monument. Le Panthéon ne supprime pas les discours de haine, mais il les rend dérisoires. En fait, l'entrée de Simone Veil au Panthéon met ses détracteurs en situation d'être fous pour la détester, et inaudibles quand ils l'insultent. Par son silence et sa majesté, le Panthéon fait taire ceux qui voudraient encore souiller sa mémoire. à vrai dire, c'est mieux que ça : depuis la colline du Panthéon, Simone Veil regarde droit dans les yeux, et pour l'éternité, les gens qui la maudissent.

La morale de l'info ?

Simone veille.