Les Bleus en finale, la revanche de Deschamps

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Les Bleus en finale, la revanche de Deschamps
Après l'avoir gagnée en tant que joueur, Didier Deschamps pourrait remporter la Coupe du monde en tant que sélectionneur, dimanche. @ AFP
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Son style et ses choix tactiques lui ont valu de vives critiques avant le début de la Coupe du monde. Mais mardi, "DD" est devenu le premier coach à guider les Bleus vers deux finales consécutives de grands tournois.

Officiellement, son équipe visait la demi-finale. En quittant la France pour la Russie, début juin, Didier Deschamps se cantonnait à cet objectif, déjà jugé ambitieux par beaucoup de commentateurs : victorieux face à l'Irlande et à l'Italie mais tenus en échec par les États-Unis, les Bleus n'avaient qu'à moitié rassuré. Et les éternelles critiques adressées au sélectionneur, en poste depuis 2012, refaisaient surface : jeu terne, frilosité, conservatisme, et primauté absolue du "groupe". Un mois plus tard, force est de constater que l'objectif est plus que rempli : l'équipe de France disputera la finale de la Coupe du monde, dimanche après-midi à Moscou. Comment en est-elle arrivée là ? Précisément grâce à la décriée "méthode Deschamps".

"Aucune logique sportive". Pour la Russie, le sélectionneur a retenu pas moins de 14 joueurs n'ayant jamais disputé une Coupe du monde. Toujours pas de Karim Benzema, non retenu depuis l'affaire du chantage à la sex-tape, en 2015. Pas plus de Layvin Kurzawa, d'Alexandre Lacazette ou d'Adrien Rabiot. Dans une lettre ouverte publiée une quinzaine de jours avant le début du Mondial, ce dernier a fustigé un choix "ne répondant à aucune logique sportive". Mais "DD" a maintenu le cap, à la tête de la plus jeune équipe de France de l'histoire (26,4 ans). "Je n'ai jamais pris de position radicale. Il se met à la faute, point barre", s'est-il contenté de commenter à propos du Parisien.

Au sein de cet effectif, Didier Deschamps a ajusté son onze type sans tenir compte des critiques - non sans quelques tâtonnements. Auteur d'une prestation sans relief face à l'Italie en match de préparation, Paul Pogba, devenu cible de toutes les attaques après l'étalage de son ambition de devenir "le patron de l'équipe de France", a pourtant été reconduit contre les États-Unis, juste avant le départ pour la Russie. Puis à nouveau face à l'Australie pour la première rencontre officielle des Bleus. Une obstination payante, au vu du niveau développé par "La Pioche", récupérateur et distributeur décisif des Bleus.


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Autre choix fort - et pas forcément consensuel - de "DD" : le maintien d'Olivier Giroud. Laissé sur le banc face à l'Australie puis rappelé pour affronter le Pérou, l'attaquant a fait la différence et n'a depuis plus manqué le début d'un match des Bleus. S'il n'a pour l'instant pas trouvé le chemin des filets, le joueur de Chelsea joue un rôle essentiel sur le terrain. À quelques jours de la finale, on le compare même à Stéphane Guivarc'h, qui avait remporté la Coupe du monde 1998 sans marquer le moindre but.

La jeunesse a fait ses preuves. Des "cadres" confirmés, mais pas que. Au sein de ses 23, Didier Deschamps s'est aussi laissé surprendre par ses jeunes recrues, principalement deux latéraux bourrés de talent : Benjamin Pavard et Lucas Hernandez. Testés avec brio face à l'Italie, renforcés par la prestation décevante de Benjamin Mendy et Djibril Sidibé contre les Etats-Unis, les joueurs de Stuttgart et de l'Atlético se sont vu accorder la confiance du coach pour leurs premières sélections en Bleu. Et ça a payé : indispensable maillon de la défense française, Lucas Hernandez est l'un des joueurs à avoir remporté le plus de duels depuis le début du Mondial. Et que dire du "missile" de Benjamin Pavard, décisif face à l'Argentine ?

Depuis un mois en Russie, cette équipe gagne selon le fameux "pragmatisme" souvent associé au sélectionneur. Les Bleus s'adaptent à chaque adversaire, suivant les recommandations du coach. "C'est lui qui élabore les plans de jeu. Cette victoire, c'est la sienne", commentait le capitaine Hugo Lloris après la qualification, mardi soir. "On a appliqué à la lettre ce qu'il nous a demandé : limiter les espaces, défendre bas pour mieux contre-attaquer". Le style, défensif, a fait dire au gardien belge Thibaut Courtois que la France avait "joué à rien" en demi-finale. "Si je les ai offensés, je m'en excuse. Mais moi, je suis en finale", a sobrement répondu Kylian Mbappé, reflétant l'état d'esprit d'un groupe unanimement admiratif de son coach.

Quel que soit l'adversaire dimanche, une Coupe du monde remportée en tant que joueur et sélectionneur, serait synonyme d'entrée dans club très fermé pour Didier Deschamps : seuls le Brésilien Mario Zagallo et le "Kaiser" Franz Beckenbauer l'ont fait jusque-là. Un destin "lié à celui des joueurs", a commenté le principal intéressé, mardi soir. "J'ai la responsabilité de mon équipe : quand ça se passe mal, c'est le sélectionneur, quand ça se passe bien, le mérite en revient aux joueurs…. Je le sais, j'ai été joueur." À l'époque, en 1998, le coach s'appelait Aimé Jacquet. Et avait fait l'objet de vives critiques dans la presse avant le début de la compétition.