Hand : Patrice Canayer, architecte et reconstructeur de Montpellier, champion d'Europe

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L'entraîneur est arrivé dans l'Hérault en 1994. © Patrik STOLLARZ / AFP
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Le technicien de 57 ans, arrivé dans l'Hérault en 1994, est l'un des artisans de la victoire du club en Ligue des Champions. En 23 ans, il a tout connu, des hauts comme des bas. 

Maître à jouer et à penser de Montpellier, Patrice Canayer personnifie depuis 23 ans l'aventure d'un club qu'il a d'abord bâti puis reconstruit sur les ruines de l'affaire des paris pour reconquérir l'Europe, dimanche à Cologne, face à Nantes (32-26). Arrivé dans l'Hérault en 1994, le Nîmois de 57 ans a été le grand architecte de la première époque, celle de la mainmise sur le handball français (14 titres de champions jusqu'en 2012) et de l'exploit de 2003, lorsque le club avait remporté un premier titre européen avec dans ses rangs Nikola Karabatic, Thierry Omeyer et, déjà, Michaël Guigou.

"Véritable patron du club". "Quand je suis arrivé dans ce métier, j'avais soif de conquête. Comme joueur, je n'ai rien gagné, si ce n'est un titre de Nationale B", explique cet ancien modeste handballeur de première division, qui s'est fait la main comme entraîneur au Paris-Asnières. Il y dirigeait Jackson Richardson, dont le fils Melvyn est maintenant une pièce-maîtresse du MHB. Depuis le début du siècle, Canayer cumule les fonctions de coach et de manager. "Il est le véritable patron du club, le premier dans le handball à avoir cette double charge de travail écrasante", confie Daniel Costantini, l'ancien sélectionneur de l'équipe de France.

Poigne de fer. "Si je n'avais pas cumulé les deux rôles, je n'aurais pas autant duré", juge cet homme à la poigne de fer, qui contrôle tout. Depuis le début de son règne, il a vu passer plusieurs présidents dans son ombre, dont Jean-Paul Lacombe. "Un président un peu fou, dont la force de conviction, avec celle de Georges Frêche, m'a incité à venir à Montpellier. J'ai eu le sentiment qu'il se passait un truc", se souvient-il. Ancien prof de gym, Canayer a façonné le premier centre de formation, d'où sont sortis les Guigou, Karabatic et plus récemment Ludovic Fabregas. Il a aussi fait preuve de flair dans le recrutement.

Homme de réseaux. Technicien reconnu, il fuit tout dogmatisme et évolue avec le jeu et son équipe. "Il préconise un jeu très moderne. Quand on parle d'un homme de plus cinquante ans, c'est le signe de sa vivacité, de sa curiosité et de sa capacité à se renouveler. Il n'a pas d’œillères sur un style d'attaque ou de défense, mais s'adapte aux joueurs à sa disposition", juge Daniel Costantini. Homme de communication, ouvert sur le monde politique, il a cultivé un lien privilégié avec l'ancien maire Georges Frêche. "En 2002, j'avais exposé mon projet au maire lors d'une soirée. Je lui avais dit : si on veut aller plus loin, on doit s'en donner les moyens. Deux jours après, on actait un plan d'action pour conquérir l'Europe", raconte-t-il. C'est ainsi qu'est née l'Arena, salle de 8500 places, dans la foulée du premier titre européen.

Affaire des matchs truqués. Ce bel édifice a été ébranlé par l'affaire du match truqué contre Cesson-Rennes, en 2012, qui a conduit au départ de certains protagonistes, comme les frères Karabatic, mais aussi d'autres joueurs qui n'étaient pas impliqués. Le club s'est trouvé au bord d'un gouffre sportif et financier. Mais Canayer n'a pas quitté le navire et s'est remis à la tâche. "Sans lui, je ne suis pas sûr que le MHB aurait survécu. Son heure la plus glorieuse, ce n'est pas d'avoir gagné la Ligue des champions, c'est la manière dont il a pu redresser l'équipe. Cela aurait pu tuer n'importe quel club", estime Andrej Golic, ancien international et demi-centre du MHB (1992-2006) et désormais agent.

Fidèle à Montpellier. Patrice Canayer s'est peut-être fermé une carrière en équipe de France, notamment à l'heure de la succession de Daniel Costantini en 2001. Approché à une époque par Barcelone, sondé par diverses sélections, il est resté fidèle à Montpellier. "Il est tellement bien à Montpellier, auquel il est identifié, qu'il faudrait, pour qu'il parte, que cela soit pour un projet où il puisse gagner quelque chose. Sans cette possibilité, il n'ira nulle part", prévient Golic.