ÉDITO - "Coupe du monde ou Coupe Davis ? Il va falloir se décider..."

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Virginie Phulpin n’accueille pas avec enthousiasme la réforme de la Coupe Davis. Notre éditorialiste fustige la volonté de la fédération internationale de tennis d'attirer les meilleurs joueurs au monde en augmentant les revenus et primes de match. 
EDITO

La France est entrée ce mardi face au Japon en Coupe Davis. Cette édition 2019 marque le début d'une nouvelle ère. Disputée sur une semaine seulement à Madrid avec une finale ce dimanche, cette formule ramassée suscite déjà moult critiques chez les joueurs et les principaux observateurs du tennis mondial. Très attachée à la Coupe Davis dans son format historique, notre éditorialiste Virginie Phulpin se montre très critique face à la réforme de l'une des plus anciennes compétitions de tennis au monde, créée en 1900. 

"Déjà, le bébé est né, et on n’a toujours pas le nom. Coupe du monde ou Coupe Davis ? Il va falloir se décider, les joueurs ne savent pas dans quelle compétition ils évoluent, et le public ne sait pas comment appeler ce qu’il regarde. C’est gênant. 

Enfin, le public, c’est beaucoup dire. Lundi, pour la cérémonie d’ouverture, on aurait presque pu appeler chaque spectateur par son prénom, tant les gradins étaient vides. On est très loin de l’effervescence vue en Australie pour la Fed Cup il y a dix jours. 

Bref, douze nations sont réunies, des matches de poule, des demi-finales et une finale. Cette réforme a été décidée pour attirer les meilleurs joueurs mondiaux, qui délaissaient l’ancienne version. Raté, il n’y a que cinq des dix meilleurs mondiaux. 

Qu’est-ce qu’on fait pour les attirer ? On fait exploser le 'prize money'. Cette semaine, chaque participant est sûr de repartir avec 100.000 dollars (90.000 euros environ). On montre donc que la seule chose qui peut attirer les joueurs, c’est l’argent. Félicitations, beau message. Ça agace d’ailleurs des joueurs qui n’ont pas envie d’être pris pour des mercenaires. Repose en paix, esprit de la Coupe Davis…  

Il fallait bien réformer pour essayer de faire revenir les meilleurs joueurs

Réformer, oui, révolutionner, non. La fédération internationale aurait pu trouver une solution douce, un tour en moins pour alléger le calendrier, ou des matches au meilleur des trois manches et plus des cinq sets. Mais il aurait fallu se creuser la tête, trop dur. Alors que Cosmos, le groupe créé par le footballeur espagnol du Barça Gerard Piqué, avait une solution clé en main, avec beaucoup d’argent à investir et une Shakira à exhiber pour la soirée de clôture. Donc la fédé lui a laissé les clés. Papa Piqué n’était même pas là pour la naissance de son bébé lundi. Il a un métier, il fallait qu’il aille s’entraîner. Encore une fois, j’ai du mal à suivre.

Et puis, on ne comprend plus rien aux compétitions de tennis par équipes. En janvier, on relance l’ATP Cup. Exactement le même format que cette Coupe Davis. Quel intérêt pour les joueurs, deux épreuves semblables ? Et pour le public, c’est illisible. Je sais bien qu’il faut laisser sa chance au produit. Mais il n’y a pas de place pour les deux compétitions. Donc là, on a une Coupe Davis qui commence, et on ne sait même pas s’il y aura une deuxième édition. On nous dit 'nouvelle formule, même esprit'. Je l’appelle, l’esprit, mais pour l’instant la table n’a pas bougé."

Europe 1
Par Par Virginie Phulpin, édité par François Dujarrier