Coupe Davis : ces six moments qu'on ne revivra plus

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De "Saga Africa" en 1991 aux larmes de Paul-Henri Mathieu en 2002, en passant par le sourire d'Arnaud Boetsch et Cédric Pioline en 1996, la France a connu de grands moments de sport dans cette Coupe Davis.
De "Saga Africa" en 1991 aux larmes de Paul-Henri Mathieu en 2002, en passant par le sourire d'Arnaud Boetsch et Cédric Pioline en 1996, la France a connu de grands moments de sport dans cette Coupe Davis. © STAFF / JEAN-LOUP GAUTREAU / MICHEL EULER / POOL / AFP
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Plus vieille compétition de l'histoire du tennis, la Coupe Davis a souvent donné lieu à des scénarii improbables et des ambiances de folie. Autant de contextes que la réforme adoptée jeudi ne permettra plus.
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Une page se tourne dans l'histoire du tennis. Jeudi, en Floride, la Fédération internationale a fait adopter une réforme radicale de la Coupe Davis, bouleversant l'organisation de cette compétition par équipes créée en 1900. Oubliées, les rencontres sur trois jours. Terminés, les matches en cinq sets. Exit, la logique de domicile et extérieur… Avec ce grand chambardement, c'est donc tout un pan de la mémoire collective qui disparaît. Et tout un tas d'affrontements qui vont nous manquer. Comme le prouvent ces six exemples.

Parce qu'il n'y aura plus de rencontres en cinq matches

  • 1927 : les "Mousquetaires" renversent l'Amérique

Finaliste des deux précédentes éditions, l'équipe de France retente le coup en cette année 1927 face aux États-Unis, au Germantown Cricket Club de Philadelphie. René Lacoste est le premier des quatre "Mousquetaires" à fouler les courts. Malgré sa victoire inaugurale face à William Johnston, Henri Cochet, puis la paire Jean Borotra-Jacques Brugnon chutent tour à tour. La France est menée 2-1.

Lacoste s'impose alors à nouveau face à William Tilden. Puis Henri Cochet, surnommé "le magicien", fait le reste face au vieillissant Johnston. Un succès en quatre sets qui permet au tennis français de remporter son premier Saladier d'argent. Le premier d'une longue série : cinq autres suivront… les cinq années suivantes.

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De gauche à droite, Jean Borotra, René Lacoste et les joueurs americains Francis Hunter et William Tilden © AFP 

  • 1939 : la remontée incroyable de l'Australie

Quelques années plus tard, les Australiens font encore plus fort. Toujours en finale, toujours aux États-Unis et encore face aux Américains, John Bromwich et Adrian Quist renversent à eux deux le quatuor composé de Robert Riggs, Frank Parker, Jack Kramer et Joseph Hunt.

C'est simple : depuis, aucune équipe n'a gagné la finale de la Coupe Davis en étant menée deux victoires à zéro.

Parce que les affrontements auront lieu sur terrain neutre

  • 1985 : la France emportée par la folie d'Asuncion

La Coupe Davis, c'est avant tout une ambiance extraordinaire pour le pays qui reçoit. Un réel avantage qui fait parfois tourner au légendaire une simple rencontre de premier tour, comme ce fut le cas en mars 1985.

L'équipe de France de Yannick Noah et Henri Leconte se déplace alors à Asuncion, pour affronter le Paraguay de l'élégant Victor Pecci, finaliste de Roland-Garros 1979 mais sur le déclin. Dans un gymnase de seulement 2.000 places, 3.500 supporters font résonner trompettes et grosses caisses dans une chaleur étouffante.

Sur le court - en bois ultra-rapide, avec du parquet vitrifié ! - les Bleus, finalistes trois ans plus tôt, reviennent à 2-2 après avoir été menés 2-0. L'ambiance est dingue. Mais Leconte s'incline face à Pecci dans le cinquième match. La suite se passe de commentaires : le terrain est envahi, Leconte peine à se frayer un chemin pour rentrer aux vestiaires. Un envoyé spécial de TF1 reçoit même un coup de poing en pleine figure…

  • 1991 : Gerland danse au rythme de "Saga Africa"

59 ans après sa dernière victoire en Coupe Davis, les tennismen tricolores ont fort à faire face aux États-Unis des géants Pete Sampras et Andre Agassi et à la paire Ken Flach-Robert Seguso, l'une des meilleures en double.

Sauf que la partie a lieu à Lyon. Et cela va tout changer. Au palais des sports de Gerland, la France, coachée par Yannick Noah, 31 ans, fait des miracles. Opéré d'une hernie discale trois mois avant la finale, Henri Leconte surclasse Sampras et remet son équipe à égalité après la défaite inaugurale de Guy Forget face à Agassi.

Le lendemain, celui que l'on surnomme "le vengeur masqué" remet le couvert en double avec Guy Forget, avant que ce dernier ne batte Sampras. Le tour d’honneur derrière Noah qui chante Saga Africa dans un stade en ébullition reste un moment à part dans l'histoire du tennis français.

Parce qu'il n'y aura plus de matches en cinq sets

  • 1996 : un long dimanche d'émotions

Pour cette nouvelle finale, la bande à Noah affronte la Suède, emmenée par Tomas Enqvist, alors numéro 9 mondial et l’ex-numéro 1 Stefan Edberg. À Malmö, les Bleus mènent 2-1 après le double. Le dimanche le plus fou de l'histoire de la compétition peut commencer…

Dans le quatrième match, Cédric Pioline mène 2 sets à 0 face à Enqvist, qui ne lâche rien. Pas même lorsque le Français se détache à 5-2 dans le cinquième set. Résultat : la Suède recolle à 2-2 au terme de ce match déjà épique (3-6, 6-7 [6], 6-4, 6-4, 9-7). Mais ce n'est rien face au cinquième et dernier match. Arnaud Boetsch, balayé par Enqvist deux jours plus tôt, ne rencontre par Edberg, blessé, mais Niklas Kulti. Malgré sa 66ème place au classement mondial, ce dernier mène 2 sets à 1 et pousse Arnaud Boetsch au tie-break dans l quatrième manche.

Pour la première fois de l’histoire de la compétition, la victoire va se jouer lors du cinquième set du cinquième match. Après trois balles de match sauvées à 7-6, Arnaud Boetsch devient un héros en faisant plier la Suède au bout du suspense (7-6[2], 2-6, 4-6, 7-6[5], 10-8).

  • 2002 : le cauchemar de Paul-Henri Mathieu

Les scénarii improbables n'ont pas toujours souri à la France, mais le genre de défaite qu'a connue Paul-Henri Mathieu, en 2002 à Paris-Bercy, restera à jamais gravée dans les mémoires des fans de tennis.

Face à la Russie et ses deux anciens numéro un mondiaux Marat Safin et Ievgueni Kafelnikov, la France fait confiance à "PHM" pour le dernier simple. Mais en face, le capitaine Shamil Tarpischev tente un pari : celui d'aligner Mikhail Youzhny, malgré ses 20 ans et son inexpérience.

Mathieu mène 2 manches à une, 4-2 dans la quatrième et passe à deux points du Saladier à 5-4. Avant de céder, après 4h30 de jeu sur la terre battue parisienne... Toute la beauté et la dramaturgie du sport réunies.