Baisser les salaires des joueurs de L1 ? "Une question de survie" pour certains clubs

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Face à la crise qui frappe le football français, certains présidents de clubs plaident pour une baisse de salaires de certains joueurs. C’est en effet indispensable pour l’économiste du sport Pierre Rondeau​, invité mardi d’Europe 1. Mais cela ne devra pas s’installer dans le temps, prévient le spécialiste.

Entre la crise liée au fiasco Mediapro et celle liée à l’épidémie de coronavirus, plusieurs clubs professionnels français se trouvent dans une situation économique plus que précaire. Au total, les clubs ont perdu 800 millions d’euros, selon la DNCG. Mardi se tient une réunion cruciale entre l’UNFP, le syndicat des joueurs pros, et certains présidents de clubs de Ligue 1. Au cœur des discussions : une éventuelle baisse de salaires des joueurs, pouvant aller jusqu’à 30%. "C'est véritablement une question de survie", confirme sur Europe 1 Pierre Rondeau, économiste du sport.

"Un certain nombre de clubs sont extrêmement impactés, extrêmement inquiétés", relève le spécialiste. "On parle par exemple, sur les 40 clubs professionnels français, d'un tiers des équipes qui auraient un risque de défaut de paiement ou de cessation de paiement d'ici quelques mois. On parle véritablement de mois en termes d'espérance de vie avant des faillites de clubs. Donc il faut agir afin d'éviter le cataclysme économique, la grande crise, le grand désastre économique."

Le salaire des superstars "ne sera pas touché"

En revanche, selon Pierre Rondeau, il sera compliqué de déterminer un chiffre rond, comme les 30% évoqués, la situation des clubs étant trop disparate. "On peut difficilement comparer le Paris Saint-Germain qui, certes, perd de l'argent du fait de la crise, mais est bien plus solide que d'autres clubs comme Amiens, Dijon ou Angers, qui sont en plus grande difficulté financière", précise l’expert. "D'ailleurs, c'est pour cela, je pense, que la réunion d'aujourd'hui pourra aboutir à des sortes de recommandations chiffrées pour parvenir à plusieurs chiffres, à une forme de méthodologie de calcul favorisant la pérennité de l'économie des clubs."

En revanche, ceux qui espèrent voir les superstars faire un gros effort financier risquent d’en être pour leurs frais. "Si on espère que le salaire de Neymar, qui est estimé à 36 millions d'euros par an, ou celui de Mbappé, un peu plus de 17 millions d'euros par an, soit touché... Il est évident que, tant pour la compétitivité du foot français que pour le prestige de ses stars, leur salaire ne sera pas touché", prophétise Pierre Rondeau. "Et que ces joueurs, puisqu'ils représentent aussi tout un star-system autour d'eux, refuseront, je pense, toute baisse de salaire."

"Un risque qu'on profite d'une situation conjoncturelle de court terme pour impacter durablement le foot français"

Ce seront donc les autres joueurs, moins connus et moins cotés, qui devront faire un effort. "On peut envisager effectivement que des joueurs de niveau 'moyen-plus', appartenant à des clubs de milieu de tableau, devront réfléchir à une baisse de salaire", confirme Pierre Rondeau.

Mais le spécialiste prévient : cette baisse devra être raisonnée et surtout temporaire. "Il faudra bien faire attention là-dessus : qu'il n'y ait pas de risque à ce qu'on profite d'une situation conjoncturelle de court terme pour impacter durablement le foot français", explique l’expert. "De plus en plus de clubs sont pris maintenant par des fonds d'investissement spéculatifs. On ne peut pas penser à ce qu'on impose une sorte de régulation de contrôle sur les salaires et que demain si, comme on l’espère tous, la crise s'arrête et que les supporters peuvent revenir dans les stades, le bénéfice soit accaparé par ces fonds d'investissement et pas par les joueurs."