Handball : pourquoi la France est-elle si forte ?

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Siraba Dembélé et les joueuses françaises au Mondial (1280x640) Patrik STOLLARZ / AFP
Les handballeuses tricolores ont décroché dimanche le deuxième titre mondial de leur histoire, face à la Norvège. © Patrik STOLLARZ / AFP
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Onze mois après les garçons, les filles sont elles aussi devenues championnes du monde, dimanche. La consécration pour le handball français.

ON DÉCRYPTE

Du jamais-vu pour le sport tricolore. En battant dimanche la Norvège en finale du Mondial féminin, à Hambourg, en Allemagne, les handballeuses ont permis à la France de décrocher la même année le titre mondial chez les femmes et chez les hommes (23-21). Le 29 janvier dernier, l'équipe de France masculine avait elle aussi battu la Norvège (33-26). Inédit chez nous, ce doublé n'avait plus été réalisé depuis… 35 ans et par un pays qui aujourd'hui n'existe plus : l'Union soviétique. Plus que jamais aujourd'hui, la France est donc le pays du handball. Mais qu'est-ce qui peut expliquer l'insolente réussite actuelle ?

Émulation. Depuis janvier, on savait les Bleus insatiables. Nikola Karabatic et consorts avaient alors décroché à Paris leur 18ème médaille dans un grand tournoi intercontinental (Euro, Mondial ou JO) et leur onzième titre. Les filles suivent la même voie. Comme les garçons, elles avaient été finalistes aux Jeux de Rio l'an dernier et comme les garçons, elles ont été sacrées championnes du monde l'année suivante. "À une époque, il y avait une vraie différence entre les garçons qui gagnaient tout et nous qui étions en retrait, mais finalement, on a fait la même médaille aux derniers Jeux et à ce Mondial. On construit notre histoire avec du retard, mais on commence à exister, pas uniquement dans l'image des garçons, mais avec notre singularité. C'est une vraie fierté", insiste la demi-centre Estelle Nzé-Minko.

"De la sérénité". Du côté des instances aussi, on se félicite de cette domination qui n'a pas de sexe. "Il y a cette satisfaction d'être équilibré, de parler aux femmes, de parler aux hommes", souligne Philippe Bana, le directeur technique national du handball. "Il y a de la sérénité dans le handball, c'est une espèce de diesel du temps mixte, masculin et féminin." En 2018, les filles chercheront à confirmer leur titre mondial à domicile lors d'un Championnat d'Europe, qui, dans un sport comme le handball, est d'un niveau plus relevé qu'un Mondial en raison de la domination du Vieux continent. "Ce qui me donne de l'espoir et de l'enthousiasme c'est que, même si on est championnes du monde, on peut jouer encore beaucoup mieux", a confié la capitaine des Bleues, Siraba Dembélé. "On est à 65 ou 70% de ce qu'on peut faire. En défense, il n'y a rien à dire, je pense qu'on est les meilleures du monde. Par contre, en attaque on peut s'améliorer."

Des meneurs d'hommes et de femmes. Écarté en 2013, revenu aux affaires en 2016, le sélectionneur des Bleues Olivier Krumbholz n'a pas mis longtemps à confirmer son statut de guide : une médaille d'argent aux JO, une de bronze aux Europe 2016 et enfin la consécration mondiale, dimanche, en Allemagne. Comme les garçons de Daniel Constantini hier et de Claude Onesta aujourd'hui, Olivier Krumbholz, au management désormais plus souple, a réussi à créer une alchimie entre les jeunes et les plus anciennes joueuses.

"L'équipe est solide, on a des jeunes qui arrivent, une équipe complète, avec systématiquement deux joueuses compétentes par poste", a commenté le patron des Bleues, lundi, en conférence de presse. "On a aussi mis l'accent sur ce qui est préparation et récupération physique. On avait trop souvent devant nous cette équipe de Norvège, aux conditions physiques exceptionnelles." Pour combler cet écart, l'équipe de France féminine bénéficie aujourd'hui d'un staff élargi, identique à celui des garçons, avec des kinés, des statisticiens vidéo et même un préparateur mental, dans le but avoué de gagner, encore et encore.

"Concurrence et stimulation". "C'est un sport totalement décomplexé, où on travaille également", insiste encore Olivier Krumbholz. "On travaille à tous les étages, on a beaucoup de structures de formation et beaucoup d'entraîneurs compétents, ce qui nous permet d'avoir un vivier très important. Je pense qu'on n'est pas arrivé au bout encore. On peut faire mieux. On peut être encore plus exigeant dans la formation mais en tout cas, je suis content pour tout le monde, tous ceux qui ont eu ces jeunes filles en club, ou en pôles, dans les structures de formation. C'est une belle récompense."

Les deux équipes de France ne sont en effet que la partie émergée de l'iceberg du handball français. "C'est aussi ça qui fait la force de la Fédération française de handball", souligne le sélectionneur lundi. "Nous travaillons en profondeur, nous avons fait le choix d'avoir beaucoup de pôles (48). On n'a pas un seul pôle national, c'est une stratégie. On a beaucoup de bons joueurs et de bonnes joueuses, on a des championnats qui sont très denses, chez les garçons comme chez les filles, et cette émulation nous permet d'avoir un vivier de joueurs et joueuses qui apportent de la concurrence et de la stimulation." Les médailles actuelles sont le résultat d'une prise de conscience quand, dans les années 1980, les équipes de France souffraient au plus haut niveau. D'année en année, les changements effectués en matière de formation ont porté leurs fruits, jusqu'aux médailles et à un sport plébiscité par les jeunes, et pas seulement lors des courts d'EPS.

En un quart de siècle, le hand est ainsi passé de moins de 200.000 licenciés à 550.000. Et les talents d'émerger un peu partout dans l'Hexagone, avec une fédération aux aguets. "La fédération s'est emparée très vite de la réforme territoriale afin que notre parcours fédéral, notre filière de renouvellement de l'élite, soit le plus vite possible adapté à ce nouveau découpage et nous sommes en place", a insisté Joël Delplanque, le président de la Fédération française (FFH). "Nous faisons tout pour que ce renouvellement de l'élite ne soit pas interrompu mais s'améliore au contraire, avec notamment les joueuses d'outre-mer."

"Obsession de l'excellence". Malgré les succès, le handball français continue donc de travailler, touché par "l'obsession de l'excellence", comme le dit Philippe Bana. À peine le titre obtenu, Olivier Krumbholz se projette ainsi déjà vers l'année prochaine. "Il n'y a pas que le résultat, il y a aussi la manière, il faut progresser et nous, on pense déjà à notre Euro, l'année prochaine, chez nous, en France. On veut être encore meilleurs et on va beaucoup travailler pour ça. Les autres équipes vont réagir, à commencer par la Norvège, et j'ai vu dans leurs yeux hier qu'elles étaient prêtes à repartir et à venir en France avec tous leurs supporters pour gagner l'Euro, mais on sera là." Les Bleues sont elles aussi devenues insatiables et ne rêvent désormais que d'une chose : imiter les Bleus et triompher à domicile comme ils l'ont fait lors des Mondiaux 2001 et 2017.