Ysé, 17 ans, est élève dans un lycée autogéré : "L'apprentissage y est beaucoup plus riche"

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Après s'être ennuyée dans le système scolaire traditionnel, Ysé s'est tournée vers le lycée autogéré de Paris. Sans regrets, affirme-t-elle au micro d'Olivier Delacroix, mercredi.
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Ysé, 17 ans, vient de finir sa 1ère L et sa deuxième année dans le lycée autogéré de Paris, dans le 15e arrondissement. Pour cette élève, la pédagogie de cet établissement, basée sur l'autogestion et la liberté d'apprentissage, apporte davantage que le système traditionnel et permet de mieux s'épanouir avec des profils différents. Elle raconte son expérience éducative alternative au micro d'Olivier Delacroix, mercredi.

"Le lycée autogéré de Paris fonctionne sur deux grands principes. Le premier, c'est l'autogestion : il y a un partage des tâches. Professeurs et élèves accomplissent ensemble les tâches administratives, le ménage, etc., ainsi que les décisions pour le lycée, avec des professeurs et des élèves dont la voix compte de la même manière.

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Le deuxième grand principe, c'est la libre fréquentation, c'est-à-dire qu'on peut adapter notre cursus à notre projet. Par exemple, je n'ai pas fait de maths pendant mon année de 2nde parce que je savais que je voulais aller en filière littéraire et que je n'avais pas besoin d'en faire. Et cette année, je suis allée en cours d'anglais avec des Terminales parce que c'était un niveau qui correspondait plus au mien.

On a des activités scolaires avec les cours traditionnels, le français, les sciences, etc., et des activités de gestion. Il y a une classe qui s'appelle le 'groupe de base' : tous les mardis après-midi, pendant deux heures, on discute du lycée, on prend les décisions tous ensemble. Ça peut être des détails, comme le fait de recevoir ou non une personne extérieure à l'établissement, en observation. Mais ça peut aussi porter sur le fait de changer ou non une règle du lycée. On a également une plage de commissions, le jeudi matin, pendant deux heures. Là, chacun choisit d'aller faire à manger pour le repas de midi, d'aller faire de l'administration, de l'entretien. Bref, on s'investit dans le lycée."

Ysé vient de l'enseignement classique, qu'elle a choisi de quitter à la fin du collège.

"Pendant mon année de troisième, j'avais l'impression d'être extrêmement passive dans ma scolarité, de ne pas avoir réellement de poids sur ce qui se passait dans ma scolarité. C'est quelque chose qui a fini par me faire beaucoup de mal. J'avais l'impression de venir le matin, pour m'asseoir huit heures en cours, écouter des professeurs qui avaient l'air de s'ennuyer autant que moi.

Je suis allée me renseigner sur les différents lycées qui existaient. Je suis tombée sur le lycée autogéré dont j'avais déjà un peu entendu parler par des connaissances mais sans avoir plus d'informations. Quand je suis allée me renseigner plus en détails, je me suis dit que c'était un endroit qui pouvait me plaire, où je pouvais me sentir bien, et c'est le cas. 

" Souvent, les gens qui arrivent ici sont des gens qui ne se sont pas retrouvés dans l'enseignement traditionnel "

On prépare au bac avec les trois filières générales, et avec la réforme qui arrive, on va préparer les trois spécialités. On n'a pas exactement le même volume horaire sur certaines matières, puisque les activités de gestion nous prennent énormément de temps, mais on prépare le programme complet. Cette année, j'ai passé les épreuves anticipées de français et de sciences.

On est un lycée où on a beaucoup de gens différents, une vraie variété de profils. Souvent, les gens qui arrivent ici sont des gens qui ne se sont pas retrouvés dans l'enseignement traditionnel. Ce sont des gens qui apportent plein de choses. Cette année, le plus vieux avait une vingtaine d'années. Ce sont des gens avec des parcours pas forcément linéaires.

On nous a toujours appris qu'on faisait la primaire, le collège, le lycée, le bac et les études supérieures. Ici, on apprend qu'il n'y a pas un seul bon parcours, qu'on peut toujours retomber sur ses pieds et trouver des passerelles, recommencer, réessayer… C'est quelque chose qu'on applique au sein de nos différentes activités. C'est toujours fait dans la bienveillance, avec beaucoup moins de pression. Ça permet un apprentissage beaucoup plus riche et épanoui."

L'avis du spécialiste : "Il y a une forme de consumérisme scolaire"

Laurent Lescouarch, maître de conférences en Sciences de l'éducation et spécialiste de l'éducation nouvelle

"Le principe de ces écoles est de contester les pédagogies traditionnelles de l'école, qu'on est beaucoup à avoir connu comme ennuyeuses, centrées sur la volonté d'instruire à tout prix… Ces pédagogies cherchent davantage à éduquer de manière globale en essayant de changer les méthodes, de faire vivre des expériences, des projets, en misant plus sur la créativité de l'enfant. L'école, ça pourrait aussi être du plaisir.

L'école traditionnelle prend le sujet élève et ne s'occupe pas trop de l'enfant qu'il y a derrière. Toutes ces pédagogies prennent l'enfant en tant que personne. Les adultes transmettent 'en faisant avec', en organisant des situations pour obliger à apprendre en créant et en expérimentant.

On a plusieurs registres de raisons pour inscrire son enfant dans ces écoles : il y a des personnes qui contestent totalement l'école traditionnelle, dans la continuité de leur propre éducation familiale. Il y a une forme de consumérisme scolaire : on choisit son école comme on choisit sa nourrice. On retrouve aussi des personnes qui ont des mauvaises expériences avec l'école traditionnelle. Il y a plein de courants différents, mais souvent, les cadres sont extrêmement réglés. Moi, je ne les vois pas comme surprotégés. Dans ces courants-là, il y a une exposition à la contrainte et à la frustration.

Le prix dépend de la politique des écoles. Comme elles sont auto-financées, c'est minimum 2.000 à 3.000 euros, et ça peut aller jusqu'à 10.000 euros. Il y a un projet politique pour certaines, qui ont des politiques de frais en fonction des moyens des familles. Mais il faut aussi dire que toutes les pédagogies alternatives ne sont pas hors contrat".

Europe 1
Par Thibaud Le Meneec