"Vous serez témoins à mon procès" : Mehdi Nemmouche face à ses anciens otages

, modifié à
  • A
  • A
Partagez sur :

Les journalistes Nicolas Hénin et Didier François sont attendus jeudi à Bruxelles pour témoigner au procès de Mehdi Nemmouche, qui était leur geôlier lors de leur captivité en Syrie.

Des témoins cruciaux sont attendus jeudi au procès de Mehdi Nemmouche. Ce djihadiste français de 33 ans est jugé en Belgique pour la tuerie du musée juif de Bruxelles en 2014, et est également poursuivi en France pour avoir été le geôlier de quatre otages français de Daech en Syrie. Deux d’entre eux, Nicolas Hénin et Didier François, journaliste à Europe 1, doivent témoigner jeudi à son procès. Ils vont ainsi revoir leur tortionnaire pour la première fois depuis leur libération en avril 2014.  

Une brute "incontrôlable", un fan de Faites entrer l’accusé et de Mohamed Merah… : les anciens otages devraient revenir à la barre sur la personnalité de leur geôlier, qu’ils ont déjà dépeinte à la DGSI lors d’auditions qu’Europe 1 a pu consulter. Sur les dix mois de leur captivité en Syrie, les journalistes Nicolas Hénin, Didier François, Pierre Torres et Edouard Elias ont été surveillés par Mehdi Nemmouche - qui se faisait appeler Abou Omar (ou Abou Amar) - de juin à décembre 2013, dans les sous-sols de l’hôpital d’Alep puis dans une ancienne menuiserie, où ils étaient séquestrés.

Un "nettoyeur ethnique islamique"

Ce Français d’origine marocaine, qui parle mal l’arabe et a un "accent français de banlieue", était peu religieux, selon les ex-otages. "L’islam était un outil qui lui permettait de réaliser ses projets. Je ne l’ai jamais entendu citer des vers du Coran. Les (autres geôliers) ne lui faisaient pas confiance, je pense qu’ils s’étaient rendus compte que c’était un individu incontrôlable, un électron libre du djihad", a ainsi raconté Nicolas Hénin à la DGSI après sa libération, et selon qui Mehdi Nemmouche cherchait avant tout "à impressionner".  

"Il se définissait souvent comme un criminel devenu 'nettoyeur ethnique islamique'", a complété Didier François. Mehdi Nemmouche avait affirmé aux otages avoir vécu à Boulogne-Billancourt, près de Paris, où il cambriolait des appartements et dormait dans des voitures volées. "On a fini par savoir qu'il avait été détenu en France, à Épinal. Il nous a dit avoir été condamné à une peine à deux chiffres", précise Nicolas Hénin.

 

Le geôlier, qui a assuré aux otages s’appeler Frédéric, passait de longues heures à discuter avec eux. Il leur racontait mener des opérations dans les villages chiites de Syrie, violer les femmes et tuer les hommes. Un récit toutefois mis en doute par Nicolas Hénin : "Pour ma part, cela tenait plus du fantasme mais c'était très révélateur de sa psychologie. C'est un raté qui cherche à se réaliser coûte que coûte." Au fil de la détention, une discussion s’est notamment instaurée entre Mehdi Nemmouche et Didier François. "Il s'est rendu compte que j'avais été en Bosnie et son attitude à mon égard a radicalement changé. Il venait me voir pratiquement chaque jour. Nous avons beaucoup parlé de la Bosnie qu'il semblait bien connaître", relate le journaliste d’Europe 1.

"Il m’a souvent affirmé qu’il voulait m’égorger"

Mehdi Nemmouche s’est rapidement montré agressif envers les quatre Français, qui ont été séquestrés, humiliés et battus. "Il avait pour habitude de nous menacer en ces termes : 'on va vous buter', 'on va vous égorger' (…) Ses propos étaient toujours agressifs", souligne Edouard Elias, précisant que son rôle était "essentiellement de les surveiller". Le djihadiste, qui faisait partie des équipes de gardes chargés de torturer des prisonniers syriens à l’hôpital d’Alep, a frappé à plusieurs reprises les otages - des violences physiques assimilées à des "actes de tortures" par les enquêteurs français.

Nicolas Hénin a notamment détaillé à la DGSI comment il a été violemment battu un soir de juillet 2013 par Abou Omar dans une "salle de torture", et y a été soumis à un simulacre d’exécution. "Regarde ces gants, je les ai achetés rien que pour toi", lui a alors lancé Mehdi Nemmouche. "Et il m'a effectivement donné des coups de poing au visage avec ces gants. Il est à l'origine de deux semaines de brimades que Pierre Torres et moi avons subies", a expliqué Nicolas Hénin. Didier François et Edouard Elias ont également raconté avoir été frappé à plusieurs reprises par Medhi Nemmouche. "Il m’a souvent affirmé qu’il voulait m’égorger mais qu’il avait reçu des ordres contraires de sa hiérarchie", a confié Didier François.

>> Réécoutez son interview au micro de Nikos Aliagas le 10 janvier dernier : 

Fan de Faites entrer l’accusé et de Mohamed Merah

Tranchant parfois avec cette agressivité, Mehdi Nemmouche chantait parfois devant ses otages et leur racontait des blagues douteuses. "Abou Omar chantait souvent, des chansons enfantines telles que Renard sacripant, renard chenapan, il chantonnait également La République française", a raconté Nicolas Hénin. "Il lui arrivait de chanter du Charles Aznavour bien qu'il affirmait qu'il aimerait 'le fumer car c'était un putain d'Arménien'. Il aimait provoquer et surprendre. Il me disait 'Tu ne t'attendais pas à entendre chanter un moujahid (un combattant du djihad, ndlr) d'Al-Qaïda. Personne ne te croira quand tu raconteras tout ça'", a pour sa part détaillé Didier François. Mehdi Nemmouche aimait également imiter des sketchs des Inconnus ou de Coluche.

Fan de l’émission dédiée aux affaires criminelles Faites entrer l’accusé qu’il regardait sur Internet depuis Alep, Medhi Nemmouche soumettait parfois ses otages français à des quiz. "Il nous parlait pendant des heures et des heures et organisait des quiz qui tournaient autour de la guerre en Yougoslavie et des grandes affaires judiciaires", poursuit Nicolas Hénin. Incollable sur le gang de Roubaix ou l’affaire Djamel Begal, Mehdi Nemmouche est surtout apparu comme un fervent admirateur de Mohamed Merah. "Il nous a dit que 'le plus grand mec que la France ait produit est Mohamed Merah'. Il a tenu des propos antisémites en disant qu'il voulait faire comme lui et qu'il avait envie de 'fumer une petite juive de 4 ans'. Mohamed Merah était très clairement un héros, un modèle à ses yeux", a rapporté Didier François lors de son audition.

Mehdi Nemmouche répétait ainsi régulièrement qu’il tuerait des "israélites", et narguait les otages en leur répétant sans cesse qu’ils témoigneraient à son futur procès. "A plusieurs reprises, il m'a déclaré 'je suis en forme ce matin, je me verrais bien prendre une Kalachnikov et aller fumer une petite israélite'. Il se projetait régulièrement dans le futur et nous disait 'Tu seras partie civile à mon procès'", a rapporté Nicolas Hénin. Des propos qu’il a également tenus à Didier François et Edouard Elias : "il m’a dit qu’un jour on se reverrait lorsque je témoignerais contre lui s’il était arrêté en France"; "il disait 'lorsque je serai sur le banc des accusés, vous viendrez témoigner'"… Les journalistes sont ainsi persuadés que Mehdi Nemmouche était le seul des geôliers à leur apparaître par moments à visage découvert, dans le but d’être arrêté et poursuivi un jour aux assises.