Violences faites aux enfants : pour Françoise Laborde, le confinement crée "un huis clos terrible"

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Engagée contre les maltraitances faites aux enfants, la journaliste Françoise Laborde, invitée d'Europe 1, jeudi matin, déplore au micro de Matthieu Belliard une situation inchangée dans le suivi des victimes depuis le premier confinement. "Ces enfants sont renvoyés dans des familles dysfonctionnelles" sans professionnels pour tirer la sonnette d'alarme, selon elle. 
INTERVIEW

Qu'a-t-on appris pour mieux prévenir les maltraitances faites aux enfants, un an après le premier confinement, qui favorise un repli sur la cellule familiale ? "Pas grand chose", alerte Françoise Laborde. Invitée de Matthieu Belliard pour parler de son livre Les indésirables, Enfants maltraités : les oubliés de la République, publié aux éditions Michalon, la journaliste a tiré la sonnette d'alarme alors que les écoles et autres activités périscolaires sont à nouveau fermées pour au moins trois semaines face à la nouvelle vague de Covid-19

Des parents en "situation d'échec" face à l'enseignement à distance

"On sait très bien que ces enfants sont renvoyés dans des familles qui sont dysfonctionnelles ou maltraitantes et que, par définition, ça ne va pas bien se passer", explique Françoise Laborde, évoquant un "facteur d'énervement" lié au contexte des restrictions sanitaires, "qui touche tout le monde, et encore plus ces familles".

L'enseignement à distance prévu cette semaine pour les enfants, avant deux semaines de vacances anticipées, peut aussi aggraver la situation selon la journaliste. "Certains parents n'ont pas les capacités de faire cette école à la maison. Donc ils sont eux-mêmes en situation d'échec, et, parfois, ils font payer à leurs enfants leurs propres échecs. On voit bien qu'on crée une espèce de huis clos terrible entre les parents et les enfants, et il n'y a plus personne qui intervient."

"Les mesures ne suivent pas et c'est une honte"

Car la hausse des violences - les appels au numéro d'urgence dédié à l'enfance maltraitée avaient explosé pendant le premier confinement - s'accompagne d'une baisse des signalements. "Parce que les 'petits clignotants' qui alertent, on les voit à l'école, dans les centres sportifs, auprès des bénévoles, etc.", explique Françoise Laborde. "A partir du moment où les enfants sont juste enfermés avec les familles, il y a de la violence, de l'inceste, des coups, de la torture…. Et du secret." 

Face à ce constat, "les mesures ne suivent pas et c'est une honte", s'indigne la journaliste. "D'abord, on n'a pas eu de relevé de données chiffrées" permettant de mesurer l'ampleur de la hausse des violences pendant le premier confinement, assure-t-elle. Et de citer un autre exemple, celui des travailleurs sociaux chargés du suivi des enfants maltraités, "qui ne sont pas prioritaires pour être vaccinés". "On nous dit qu'il faut vacciner les instituteurs, les professionnels de santé, et pas ceux qui vont dans les familles voir comment ça se passe ? La vérité, c'est qu'aujourd'hui, on abandonne ces enfants."

Europe 1
Par Margaux Lannuzel