Un prévenu affirme avoir été frappé par un policier au tribunal de Paris

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Les faits se sont passés au tribunal de Paris, lundi (photo d'illustration).
Les faits se sont passés au tribunal de Paris, lundi (photo d'illustration). © AFP
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La photo d'un homme au visage tuméfié, prise après une audience en comparution immédiate, circule depuis lundi sur les réseaux sociaux. Deux enquêtes distinctes ont été ouvertes.

La photo circule sur les réseaux sociaux depuis lundi. Elle montre un homme au t-shirt jaune, le visage tuméfié en plusieurs endroits, un oeil semi-clos par une plaie à l'arcade. En arrière-plan, on reconnaît le bois clair d'un box du nouveau tribunal de Paris. Sur Twitter, la Conférence du Barreau de Paris la légende de cette manière : "la Conférence constate, ce jour, des actes de violences policières inadmissibles, commises au dépôt dans l'enceinte du tribunal, sur un prévenu jugé en comparution immédiate. Cette situation est intolérable".

"L'oeil gauche complètement tuméfié". Que s'est-il passé exactement, lundi au tribunal ? L'homme que l'on voit sur la photo, âgé de 23 ans et sans papiers, était jugé en comparution immédiate pour vol, selon Le Parisien. La suite de l'histoire est racontée à Europe 1 par l'avocat du prévenu, Matthieu Juglar. "Le tribunal allait rendre son délibéré pour d'autres affaires", explique-t-il. "Pendant que le délibéré est rendu, on entend un peu de chahut à côté. Et on voit notre client qui revient, il est le visage en sang, des traces de sang sur son t-shirt, l’œil gauche complètement tuméfié, une énorme bosse au front, une énorme bosse à la joue, un hématome déjà prononcé."

"On se dit : 'qu'est-ce qui s'est passé ?'", poursuit l'avocat. "Et c'est là qu'il nous explique qu'il a été un moment aux toilettes, qu'il aurait croisé le chemin d'un fonctionnaire de police et que le ton est un peu monté." Un document manuscrit rédigé par le prévenu après les faits, consulté par Mediapart, livre avec précision le récit du jeune homme : "ce fonctionnaire m'a dit : 'ici c'est pas filmé. Pourquoi tu parles mal ?' J'ai dit : 'que me veux-tu ? tu veux me frapper ?' Alors il a mis des gants et il m'a frappé quatre ou cinq coups au visage. J'ai crié, des policiers nous ont séparés."

Deux enquêtes ouvertes. "Evidemment, nous avons déposé plainte devant le procureur de la République. Rien ne paraissait imposer des coups", estime Me Matthieu Juglar. Sollicité par Europe 1, le parquet de Paris indique que deux enquêtes distinctes ont été ouvertes dans ce dossier : l'une des chefs de violences volontaires et menaces de mort sur personne dépositaire de l'autorité publique, l'autre pour violence volontaire par personne dépositaire de l'autorité publique. Cette dernière a été confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).

Les faits ont suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux. "La façon dont la sécurité est assurée au tribunal de Paris pose vraiment problème. Un prévenu vient de se faire casser la figure par un policier dans les toilettes attenantes à l'audience, dépourvues de caméra", a notamment écrit Martin Pradel, représentant du bâtonnier présent au tribunal lundi. Début juin, les images d'un policier stagiaire frappant un détenu dans les mêmes locaux avaient déjà créé une vive polémique. L'homme a depuis été mis en examen pour "violences" et libéré sous contrôle judiciaire.