"Un bicot comme ça, ça nage pas" : ce que l'on sait de la vidéo où des policiers tiennent des propos racistes

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Une vidéo diffusée dimanche après-midi sur Twitter montre des policiers tenant des propos racistes et offensants à l'égard d'un suspect qualifié de "bicot". Saisine de l'IGPN, identité de l'homme interpellé, réaction de Christophe Castaner... Voici ce que l'on sait jusqu'à présent de l'affaire. 

"Un bicot comme ça, ça nage pas." Le journaliste Taha Bouhafs a publié dimanche sur son compte Twitter une vidéo dans laquelle on entend des policiers tenir des propos racistes à la suite d'une interpellation. Elle a provoqué dans la foulée la saisine de l'IGPN, la police des polices. 

Que contient la vidéo ? 

Sur cette vidéo diffusée dimanche après-midi sur le compte Twitter du journaliste du site de "Là-bas si j'y suis", Taha Bouhafs, des policiers sont filmés après une interpellation et font des commentaires racistes à l'endroit d'un suspect qualifié de "bicot". La scène se passe visiblement de nuit et sur l'Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), selon le journaliste. 

"Un bicot comme ça, ça nage pas", entend-on. "Haha ça coule, tu aurais dû lui accrocher un boulet au pied", est-il ajouté, laissant supposer que les agents ont sorti le suspect des eaux de la Seine, toute proche. Sur d'autres images, on entend les policiers rire et des bruits sourds venant du fourgon policier où l'interpellé, qui paraît crier, a été placé.

Que s'est-il passé avant la vidéo ? 

Dans la nuit de samedi à dimanche, les policiers du commissariat d'Asnières étaient à la poursuite de trois cambrioleurs qui venaient de voler des outils sur un chantier. L'un des suspects s'est jeté dans la Seine pour échapper aux forces de l'ordre. Il a péniblement réussi à traverser le fleuve au niveau de l'Île-Saint-Denis avant d'être repêché sur l'autre rive par des policiers, filmés par un riverain lorsqu'ils ont prononcé les mots détaillés plus haut. 

L'IGPN saisie 

La préfecture de police a affirmé saisir l'IGPN. "Une vidéo montrant une intervention de police à l'Ile-Saint-Denis circule sur les réseaux sociaux. Le préfet de police va saisir l'IGPN afin de faire toute la lumière sur les circonstances dans lesquelles les policiers sont intervenus et déterminer l'identité des auteurs des propos entendus", a-t-elle indiqué. 

Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a réagi sur Twitter: "Une vidéo montrant une intervention de police dans le secteur de l'Ile-Saint-Denis suscite une indignation légitime. Toute la lumière sera faite", a-t-il assuré, ajoutant : "Le racisme n'a pas sa place dans la police républicaine."

Que sait-on de l'homme interpellé ?

L'homme interpellé est un ressortissant égyptien, sans papiers, arrivé en France en 2011. Il a déclaré aux policiers être né en 1993. Après son placement en garde à vue, il a été conduit à l’hôpital pour vérifier que son état était compatible avec cette mesure. L'examen médical n'a pas relevé de blessure et aucune ITT n'a été délivrée, confirment plusieurs sources policières et judiciaires à Europe 1. Remis en liberté dans les heures qui ont suivi son placement en garde à vue, la préfecture lui a délivré une obligation de quitter le territoire.

Selon le parquet, "il n'a pas fait état de violences lors de son audition et n'a pas déposé plainte à ce stade". La Ligue des droits de l'Homme (LDH) a, elle, annoncé porter plainte pour "violences volontaires par personnes dépositaires de l'autorité publique à raison de l'appartenance vraie ou supposée à une prétendue race". SOS Racisme a assuré avoir fait de même.

Un commissaire divisionnaire présent lors de l'interpellation

Les policiers ayant procédé à l'interpellation font partie des effectifs de nuit de la Direction territoriale de la sécurité publique des Hauts-de-Seine, selon une source proche de l'enquête. Comme l'a révélé le Parisien, un commissaire divisionnaire de la circonscription d'Asnières était présent lors d'une partie de cette opération, a-t-on appris de plusieurs sources proches du dossier.

Selon de premiers éléments recueillis par l'AFP, ce commissaire, qui a déjà été condamné en 2008 pour "non-empêchement de délit" dans une retentissante affaire de violences policières, se serait cependant trouvé sur la rive opposée de la Seine au moment où le fuyard a été sorti du fleuve et embarqué par les policiers.

"Une honte et une grande inquiétude"

Le député La France insoumise de Seine-Saint-Denis, Eric Coquerel, a dénoncé de son côté une vidéo "inacceptable". "Le 17 octobre 1961, on a retrouvé sur ces mêmes berges les corps d'Algériens noyés par la police", a-t-il rappelé, dimanche. Alors que la guerre d'Algérie touchait à sa fin, des dizaines de milliers d'Algériens manifestaient ce jour-là pacifiquement contre le couvre-feu les visant depuis une dizaine de jours, et contre la répression organisée par le préfet de police de la Seine, Maurice Papon. Entre 150 et 200 Algériens ont été exécutés, pour certains noyés dans la Seine, le 17 octobre 1961. 

"Avec le maire de l'Ile-Saint-Denis, Mohammed Gnabally, nous sommes en contact avec les autorités pour en savoir plus sur ces faits condamnables", a-t-il ajouté dans un communiqué.

Europe 1
Par Guillaume Biet, édité par Laetitia Drevet