Son recrutement, sa patronne, Gianni Agnelli... Les confidences d'une ancienne "fille" de Madame Claude

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Patricia Herszman était l'une de "filles" de Madame Claude, qui tenait un célèbre réseau de prostitution de luxe dans les années 1960-1970. L'ancienne prostituée, invitée d'Europe 1 ce mercredi, publie Call-girl du tout Paris, confidences d’une fille de Madame Claude aux éditions du Nouveau Monde.
INTERVIEW

Elle était l'une de "filles" de Madame Claude, qui tenait le plus grand réseau de prostitution de luxe des années 1960 et 1970 en France. Patricia Herszman était l'invitée d'Europe 1 ce mercredi soir. L'ancienne prostituée publie Call-girl du tout Paris, confidences d’une fille de Madame Claude aux éditions du Nouveau Monde. Dans son livre, elle revient sur son aventure en tant que call-girl. C'est en 1975, "la plus belle année de sa vie", alors qu'elle à 18 ans, que Patricia Herszman intègre le réseau de Madame Claude, de son vrai nom Fernande Grudet.

Un jour, par hasard, Patricia Herszman dépanne une femme à moto. Il s'agit d'une proche de Madame Claude, qui lui propose de la recruter. Mais Patricia Herszman refuse. Elle la recroise quelques mois plus tard à Saint-Tropez. Cette fois-ci, elle accepte. "Je me suis faite un peu désirer", plaisante Patricia Herszman, qui change alors de prénom et se fait appeler Florence A. Sa vision du métier est loin des idées reçues. "Je n'offrais pas mon corps", raconte-t-elle, "je louais mon temps". Sans minimiser le côté sexuel, qui "avait évidemment sa place", elle explique que "ce n'était pas du tout une contrainte."

Madame Claude, loin des clichés

Dans son ouvrage, Patricia Herszman s'est donnée pour mission de "remettre les pendules à l'heure" concernant Madame Claude. "Certes, c'était quelqu'un d'un peu rigide sur l'organisation du travail, mais par contre, contrairement à tout ce qu'on a pu dire sur elle, elle pouvait être très maternelle", raconte-t-elle. "Dans n'importe quel problème de la vie quotidienne, on pouvait toujours compter sur elle."

Entre les deux femmes, il y avait une forme de complicité, teintée d'admiration du côté de Patricia Herszman. "J'ai eu avec elle des rapports très particuliers que n'ont pas eu toutes les filles", précise-t-elle, "car nous partagions la même vision du métier, le même but". Ce but, Madame Claude le résumait par l'expression "échanges de bons services". La célèbre proxénète ne parlait jamais de prostitution.

"Moi, mon but, que je partageais avec Madame Claude, c'était de rendre tout le monde heureux et de faciliter la vie des garçons", explique Patricia Herszman. "En ayant un rendez-vous avec une fille de chez Claude, ils savaient qu'ils allaient dans un endroit où ils étaient en sécurité et où ils allaient être reçus dans un cadre agréable par une fille avec qui ils allaient pouvoir parler pratiquement de tout", se souvient-elle, précisant que "la finalité était quand même malgré tout les quelques minutes qu'on passait à l'horizontale". 

Son histoire avec Gianni Agnelli, l'ancien patron de Fiat 

Parmi les clients de Madame Claude, les hommes politiques étaient légion. Mais ce ne sont pas eux qui ont marqué le plus Patricia Herszman. Sa plus belle aventure, c'est celle, "amico-sentimentale", qu'elle a eu avec Gianni Agnelli. Surnommé "l'Avvocato", il a été le patron de Fiat et le président du club de football de la Juventus Turin. 

Une fois, sur un coup de tête, Patricia Herszman est partie avec lui quelques jours en Italie, sans que personne ne soit au courant. Toute l'Italie croira alors qu'il a été victime d'un enlèvement. "Nous, on était tous les deux en train de faire les fous, à se balader dans les champs et à faire des choses toutes simples qu'il n'avait pas le temps ni l'occasion de faire", se remémore-t-elle. "Il n'avait personne autour de lui avec qui il puisse partager ce genre de laisser-aller, de lâcher-prise. Avec moi, il se sentait bien. Il disait toujours qu'avec moi, il avait l'impression d'avoir vingt ans."

La fin tragique de Véronique, sa meilleure amie

Dans son livre, Patricia Herszman raconte aussi des moments plus sombres, comme l'histoire tragique de sa meilleure amie, Véronique. Dans le milieu elle aussi, la jeune femme est approchée par des Yéménites pour un voyage dans leur pays. Véronique propose à Patricia Herszman de l'accompagner, mais cette dernière arrive en retard au rendez-vous, et Véronique part avec une autre fille.

Elles ne reviendront jamais. Elles seront retrouvées mortes dans une voiture en plein désert, une affaire qui va déchaîner la presse. Bouleversée, Patricia Herszman tentera d'avoir des réponses. "J'avais quelques relations avec des barbouzes, des correspondants de guerre, des journalistes, etc. J'ai voulu jouer un rôle dans cette enquête pour en savoir le maximum", explique-t-elle. "Je voulais qu'on punisse les gens qui avaient fait ça."

Europe 1
Par Justine Hagard