Romuald, 33 ans, atteint de dysmorphophobie corporelle : "Je pense à mon ventre au moins une dizaine de fois par jour"

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Au micro d'Eve Roger, Romuald, qui a été en surpoids, raconte comment il a conservé une perception erronée de son corps, et en particulier de son ventre, même après avoir maigri. 
VOS EXPÉRIENCES DE VIE

Quel est le point commun entre Cœur de Pirate, Élodie Frégé et Marina Foïs ? Les deux chanteuses et l'actrice sont atteintes de dysmorphophobie corporelle, un syndrome qui touche 1 à 2,5% de la population, persuadés d'avoir un défaut physique majeur alors qu'il n'en est rien. Au micro d'Eve Roger, Romuald, 33 ans, qui vit à Biscarosse, dans les Landes, raconte comment son ventre est peu à peu devenu obsessionnel, en dépit de la réalité. 

>> De 15h à 16h, partagez vos expériences de vie avec Eve Roger sur Europe 1. Retrouvez le replay de l'émission ici

"Ça a commencé à l'adolescence. J'ai été sportif d'assez haut niveau et puis j'ai eu un accident, qui m'a empêché de pouvoir faire du sport pendant un certain moment. Mais j'ai continué à m'alimenter comme un sportif de haut niveau, ce qui fait que j'ai pris énormément de poids et je me suis dégoûté face au miroir. J'ai ensuite perdu beaucoup de poids mais je me vois toujours dans mon image 'de gros', entre guillemets. Mon ventre en particulier me gêne, c'est la partie de mon corps que j'ai le plus de mal à montrer. 

"La chose que je regarde la première dans un miroir"

Mes proches disent que je n'ai aucune raison d'être gêné par rapport à mon ventre, que j'ai une corpulence tout à fait normale. Mais dans ma tête, je suis convaincu que j'ai du ventre. Je suis même passé par une phase proche de l'anorexie, dans laquelle j'avais toujours l'impression d'avoir du ventre. Aujourd'hui, quand je regarde les photos, je me rends bien compte que j'ai été très très maigre, même trop maigre, mais à cette époque-là je me voyais gros. Aujourd'hui ça va un peu mieux mais on ne peut pas dire que je sois soigné, et c'est la chose que je regarde la première dans un miroir. 

Je vis au bord de la plage et sur les photos, c'est la partie de mon corps que je me débrouille toujours pour cacher. Je me débrouille toujours pour être tourné légèrement de côté, pour avoir le ventre le plus fin possible en apparence. Au bureau aussi... J'ai l'avantage d'avoir une musculature qui me permet de donner l'impression d'un corps plus droit. Mais en effet je bloque ma respiration quand je me retrouve observé par quelqu'un et j'essaie de rentrer le ventre au maximum. 

"C'est ancré en moi, psychologiquement"

J'y pense régulièrement, il occupe une partie de ma tête. Dans la journée, j'y pense au moins une dizaine de fois. Dans les coulisses d'un spectacle de danse, si je me retrouve en sous-vêtements, je vais garder le t-shirt relevé avec les mains devant mon ventre. [Pourtant, cette perception est erronée.] J'en ai conscience par rapport au retour que les gens me font, dans mon cercle aussi bien professionnel qu'amical et sportif, on me dit que je suis très bien comme je suis et que je n'ai aucun complexe à avoir. Mais c'est ancré en moi, psychologiquement je n'arrive pas à passer au-dessus de ça et c'est vraiment ce qui me bloque. 

J'essaie parfois de me convaincre, grâce à certaines photos, qu'il n'y a pas tant de gras que ça, mais ça reste compliqué. Ça me fait souffrir, ça m'empêche de vivre certains moments pleinement, puisque ma tête reste obsédée par ce défaut visuel. Avec tous les médias, Instagram, toutes ces photos qui sont retouchées mais nous donnent l'impression de personnes parfaites… On s'identifie forcément à ça et on a l'impression qu'on est loin de la réalité."