Quintuple infanticide : l'énigme Ramona Canete devant les assises

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Le procès doit durer jusqu'à vendredi (photo d'illustration).
Le procès doit durer jusqu'à vendredi (photo d'illustration). © JEFF PACHOUD / AFP
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Entre 2005 et 2015, la mère de famille a tué cinq bébés nés sans qu'aucun membre de sa famille ne s'en aperçoive. Elle encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Le procès s'ouvre trois ans après la découverte du premier nouveau-né tué par Ramona Canete, jour pour jour. Un nourrisson caché dans un sac isotherme, sous un bureau, qui a mis les enquêteurs sur la piste d'un quintuple infanticide. Jusqu'à vendredi, la mère de famille de 38 ans comparaît pour "meurtres sur mineurs" devant la cour d'assises de la Gironde : entre 2005 et 2015, elle est accusée d'avoir tué cinq de ses bébés, retrouvés à son domicile de Louchats, près de Bordeaux. Psychologiquement fragile, la trentenaire se trouve seule dans le box, son époux ayant bénéficié d'un non-lieu. Selon le magistrat instructeur, l'homme ignorait tout des grossesses comme des meurtres.

Une famille "unie" et appréciée. Employée chez un pépiniériste, Ramona Canete est polie et discrète, de corpulence fluette. À Louchats, commune de 700 âmes, elle vit avec son mari et ses deux filles, adolescentes. La famille est "unie", "connue de tous" et "très impliquée dans la vie du village", témoigneront plus tard voisins et amis. Leur vie sans histoire bascule brutalement le 19 mars 2015, lorsque l'une des filles découvre le premier bébé. Elle prévient son père, qui appelle la gendarmerie.

L'autopsie du bébé de sexe masculin - vraisemblablement né 48 heures auparavant - révèle qu'il était viable à la naissance. Compte tenu des précédents en matière de néonaticides, parfois commis en série, les enquêteurs passent la maison au peigne fin. Dans un congélateur que la mère de famille était la seule à utiliser, ils découvrent quatre autre corps de nourrissons.

Une personnalité à décrypter. Ramona Canete, "déboussolée", est aussitôt hospitalisée dans une unité de soins psychiatriques. Selon les premiers éléments de l'enquête, révélés par France 3, elle aurait systématiquement eu recours au même mode opératoire, accouchant dans son bain puis cachant le corps dans un sac isotherme avant de le congeler. Pourquoi avoir négligé cette dernière étape pour le dernier enfant ? Pour se faire arrêter et mettre fin au cycle, a affirmé la jeune femme aux enquêteurs.

Mis en examen pour "non-dénonciation de crime" et "recel de cadavre", Juan Carlos, le père de famille, est rapidement disculpé par la justice : l'ouvrier agricole de 42 ans affirme qu'il ne savait rien. Comment son épouse a-t-elle pu dissimuler cinq grossesses, retournant travailler après chacun de ses accouchements ?  Les questions épineuses du déni et de la responsabilité pénale seront au cœur de l'audience. "On a tous besoin de se plonger dans la compréhension de sa personnalité, ce vécu personnel, ce sentiment terrible : elle n'était pas en capacité de donner la vie", a estimé avant l'audience l'avocat de l'accusée, Me Dupin.

"Je ne sais pas quoi dire". Essayer de comprendre le geste, c'est aussi la motivation des parties civiles dans ce procès, aussi bien la famille de Ramona Canete que l'association de protection de l'enfance "Innocence en danger". "On n'est pas là pour tirer sur l'ambulance, mais pour donner une voix aux enfants, et pour comprendre pourquoi une femme qui est a priori une bonne mère et une personne normale a pu ôter la vie de cinq bébés innocents", a déclaré Me Nathalie Bucquet, avocate d'"Innocence en danger".

Lundi matin, à l'ouverture de l'audience, Ramona Canete a affirmé être "la première à condamner [ses] actes" après avoir écouté le rappel des faits, en larmes. "Je ne sais pas quoi dire", a-t-elle répondu à la présidente, qui lui demandait d'aller "au plus profond d'elle-même" pour apporter des réponses à la cour. La justice a quatre jours pour progresser vers la vérité.