Qui est Logan N., le cerveau présumé du projet d’attentat déjoué contre des politiques et des mosquées ?

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Dix personnes sont en garde à vue pour "association de malfaiteurs terroriste". Elles "étaient en lien" avec Logan N., un ancien militant de l'Action française Provence. © KENZO TRIBOUILLARD / AFP
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Arrêté au mois de juin dernier, Logan N., 21 ans, est soupçonné d'avoir projeté un attentat visant notamment des hommes politiques et des mosquées.

PORTRAIT

"Rebeus, blacks, dealers, migrants, racailles, djihadistes, si toi aussi tu rêves de tous les tuer, nous en avons fait le vœu, rejoins-nous !". L'ébauche d'affichette retrouvée le 28 juin dernier chez Logan N., 21 ans, dit tout de l'extrémisme du jeune homme. Quatre mois après l'arrestation de cet ancien militant de l'Action française, un groupuscule royaliste, les services antiterroristes ont interpellé mardi dix personnes de son entourage. Les enquêteurs cherchent désormais à établir la nature des liens entre ces dix protagonistes et le cerveau présumé de ce groupe. À savoir, aussi, si ces dernières avaient connaissance de son projet d'attentat, visant notamment le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner et Jean-Luc Mélenchon, ex-candidat à la présidentielle de La France insoumise. Un projet encore présumé à ce stade, nourri par une idéologie que Logan N. a construit tout au long de son adolescence, entre son ordinateur et les cercles de l'ultra-droite provençale.

Adorateur d'Anders Breivik. C'est en mai dernier que ce chaudronnier intérimaire entre dans le viseur des services de renseignement. Il est alors l'administrateur d'une page Facebook à la gloire du terroriste norvégien d'extrême droite Anders Breivik. En fouillant son profil, les gendarmes de la section de recherche de Marseille découvrent surtout que le jeune nationaliste de Vitrolles, dans les Bouches-du-Rhône, est lui aussi prêt à passer aux actes. Les perquisitions qui auront lieu après son arrestation ne feront que le confirmer.

Fusil à pompe, revolvers et gilet pare-balles. Depuis décembre 2016, Logan N. était en effet le fier détenteur d’un fusil à pompe, acheté en toute légalité et déclaré. Une arme avec laquelle il s’était même mis en scène, en treillis militaire, sur les réseaux sociaux, et qu'il stockait au domicile de sa mère, une contractuelle territoriale employée dans l'aide à la personne, avec qui il vivait. Son arsenal s'était encore étoffé en avril, avec l'acquisition de deux revolvers à poudre de collection, dont il souhaitait modifier les barillets et les remplacer par de vraies munitions. Le jeune homme s'était également doté d'un gilet pare-balles et "réfléchissait au moyen de se procurer des faux papiers, et même à se fabriquer un lance-flammes", indique Le Monde, dans une enquête publiée mardi.

Nom de code : OAS. D'après le quotidien du soir, son projet baptisé "OAS", le sigle de l'Organisation de l'armée secrète responsable d'une campagne sanglante contre l'indépendance de l'Algérie au début des années 1960, visait à "enclencher la "remigration'" de la France. Parmi les cibles évoquées : des migrants, des mosquées et des hommes politiques, détaille une source proche du dossier, soulignant qu'"il s'agissait à ce stade d'ébauches de projet". Autant d'"agissements solitaires", selon l'Action française, selon qui Logan N. avait "quitté (le) mouvement depuis un certain temps".

Militant depuis ses 16 ans. L'activisme du jeune homme commence pourtant dès son adolescence. Raillé durant l'enfance en raison d'un léger tic au visage, des clignements intempestifs d'un œil, Logan a en effet à peine 16 ans lorsqu'il commence à coller ses premières affiches sur les murs de Vitrolles : "Non à la mosquée", "non à l'islamisation". Il rejoint alors très vite les Jeunesses nationalistes, groupuscule hétéroclite d'ultra-droite dissout en 2014, en raison de son implication présumée dans la mort de Clément Méric, quelques mois plus tôt.

La foi entre dans sa vie. Les virées au club de tir avec son père et la randonnée ne comblent alors pas son besoin d'expression militante. L'adolescent trouve un nouveau cadre local : le Mouvement populaire nouvelle aurore (MPNA), inspiré du parti grec néonazi Aube Dorée. Malgré son âge, il s'y voit alors confier la gestion du site Internet ou la postproduction des vidéos vantant les "actions" du groupe. Au MPNA, foi et politique sont indissociables. Et Logan, qui n'est pas baptisé, semble attacher de plus en plus d'importance à la question religieuse. Il va ainsi jusqu'à recevoir le sacrement, trois mois avant son interpellation, dans une église d'Aix-en-Provence.

Entre temps, le groupuscule est lui aussi dissout, en janvier 2015, après la condamnation de deux membres, coupables d'avoir recouvert d'un drap blanc la statue marseillaise de Missak Manouchian, un poète arménien et immigré résistant, symbolisant la résistance au nazisme et l'accueil fait aux immigrants dans la cité phocéenne.

Un an et demi au sein de l'Action française. En 2014, le jeune homme se tourne donc vers l'Action française provençale, une organisation royaliste se réclamant de Charles Maurras. Mais trouve le mouvement "trop politique" et "trop consensuel". L'aventure dure un an et demi. Les attentats du 13-Novembre ne font que renforcer son extrémisme. Logan N. se montre alors particulièrement actif sur Facebook. Sur son profil se mêlent les likes à plusieurs mouvements catholiques, nationalistes et antimusulmans, à des groupes sur la chasse, au port d'arme citoyen, au mouvement d'extrême droite allemand Pegida, mais aussi aux pages de Marine Le Pen et de sa nièce.

Un temps au FN. Au détour d'une commémoration des "martyrs" de l'Algérie française, en mars dernier, un cadre frontiste tente d'ailleurs de le débaucher, pour lui confier la section locale de la branche jeunesse du parti. Refus du jeune homme, qui décide néanmoins de participer à la campagne présidentielle du Front national. Puis, selon La Provence et Le Monde, de soutenir, comme militant et assesseur, le candidat de la 12ème circonscription des Bouches-du-Rhône, Jean-Lin Lacapelle.

"Franchement je ne connais pas ce fou. Il n'était pas membre de mon équipe de campagne ! Il n'a jamais été adhérent du FN, je ne l'ai jamais vu et rencontré, aucun poste ne lui a jamais été proposé et il n'a jamais été assesseur dans un des bureaux de vote de ma circonscription au premier tour des législatives", dément fermement celui qui est secrétaire national aux fédérations et à l'implantation du FN. Jean-Lin Lacapelle a aussi "bien sûr" exclu que ses équipes locales aient pu le faire travailler. Logan N. apparaît pourtant pendant la campagne présidentielle sur plusieurs photos diffusées sur Facebook, tantôt en train de glisser un tract dans une boîte aux lettres, tantôt en train de poser, tout sourire, au côté de Marion Maréchal-Le Pen.

Son engagement politique est en tout cas éphémère. Il prend fin le 28 juin, à 6 heures du matin, quand le RAID débarque chez lui pour l'interpeller. "Anders Breivik était contre le multiculturalisme, il a donné sa vie pour ses idées, il a toute ma sympathie", aurait lâché le jeune homme lors de sa première audition, selon Le Monde. Jusqu'où Logan N. serait-il allé pour les siennes ? Les interrogatoires des dix personnes gardées à vue devraient permettre aux enquêteurs de répondre à cette question.