Qu’est-ce que le nudge, cette "incitation douce" dont use le gouvernement pendant la crise sanitaire ?

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Emmanuel Macron utilise régulièrement le nudge face à la crise sanitaire dans ses allocutions télévisées. 1:18
Emmanuel Macron utilise régulièrement le nudge face à la crise sanitaire dans ses allocutions télévisées. © Yoan VALAT / POOL / AFP
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"Changer vos intentions en un comportement réel", c’est le postulat du nudge, cette méthode de coercition mentale douce que le gouvernement met en place depuis le début de la crise du coronavirus par le biais de sa communication. Le directeur général du groupe BVA, Éric Singler, qui conseille le gouvernement en la matière, était invité jeudi sur Europe 1 pour décrypter ce concept.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, des experts en sciences comportementales conseillent le gouvernement en lui proposant d’appliquer la technique américaine du nudge, qui peut se traduire par "coup de pouce". L’un de ces conseillers, Éric Singler, le directeur général du groupe BVA, était l’invité de Matthieu Belliard, jeudi sur Europe 1.

Anticiper les réactions des individus

Le nudge c’est une méthode dite douce qui vise à faire changer le comportement des individus, et dans le cas du gouvernement, celui des citoyens. Elle anticipe les réactions des gens pour influencer leurs actions. Et depuis le début de la crise sanitaire du coronavirus, Emmanuel Macron ne jure presque que par ce concept pour sa communication.

L’idée pour Éric Singler c’est de "changer vos intentions en un comportement réel". "On a tous envie de faire de l’exercice pour sa santé, de sauver la planète, de plus de diversité, ce sont des choix que l’on a envie de faire. Mais on sait qu’il existe une irrationalité humaine : nous ne sommes pas des robots, nous pouvons être informés et convaincus de quelque chose et ne pas le faire", explique-t-il.  

Et pendant la crise sanitaire, cette méthode qui pourrait s'apparenter parfois à de la manipulation, prend tout son sens selon Éric Singler. "C'est une crise comportementale. Le vaccin est une solution mais il faut surtout que nous adoptions tous les bons comportements comme porter le masque ou la distanciation physique", affirme le directeur de BVA. 

Une guerre contre le virus avec plusieurs lignes au front

Un exemple : le développement du vocabulaire "première, deuxième ou troisième ligne" face au virus. Ces expressions sont le fruit du travail d'Éric Singler. "L'idée de base c'est d'être clair. Quand vous devez dire à certains Français de rester chez eux, d'aller travailler ou bien de continuer à nous sauver la vie cela peut apparaître comme contradictoire", développe le dirigeant du groupe BVA. Avant d'ajouter : "comme le président avait parler de 'guerre contre le virus', l'analogie assez simple a été de construire ces trois lignes de front".

Et pour motiver les travailleurs, chacun dispose d'une "mission spécifique". Plus important encore, ces professions deviennent "essentielles". "Être reconnu comme telle quand on est hôtesse de caisse ou transporteur routier, c'est une première. C'était donc très important que le président nomme ces métiers", avance ce conseiller du gouvernement.

"L'effet de l'émetteur"

Le nouvel objectif de ce spécialiste du nudge est d'inciter à la vaccination, qui est, selon lui, "un phénomène fondamental" et "la réponse ultime à la crise". Alors pour cela, il a mis en place un "effet de l'émetteur". Concrètement, il s'agit de voir des figures du gouvernement comme Olivier Véran ou encore Jean Castex se faire vacciner sur les écrans des télévisions. Et cette stratégie aiderait les Français à lever leurs doutes sur la vaccination. 

Autre méthode : celles des "normes sociales" soit le fait de démontrer que des millions de personnes se font vacciner dans le monde sans qu'il n'y ait de problème. Enfin, il faut "multiplier l'accès au vaccin". "La moindre petite friction peut faire changer d'avis quelqu'un qui était hésitant à se faire vacciner". Pour Éric Singler, s'il y a une petite "impulsion" à se faire vacciner cela peut aider à "passer à l'acte pour son propre bénéfice". 

Europe 1
Par Manon Bernard