Procès France Télécom : "Ce jugement est un virage historique"

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Lionel BONAVENTURE / AFP 2:04
Didier Lombard, ex-PDG de France Télécom, arrivant au verdict de son procès, le 20 décembre 2019 © Lionel BONAVENTURE / AFP
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Le fondateur du cabinet Technologia Jean-Claude Delgenes, témoin dans le procès, réagit sur Europe 1 à la condamnation, vendredi, de trois ex-dirigeants de France Télécom à 4 mois de prison ferme et 15.000 euros d'amende. Son cabinet était intervenu à l'époque afin d'essayer d'aider la direction et les salariés pendant la vague de suicides qu'a connue l'entreprise.
INTERVIEW

​Témoin dans le procès pour harcèlement moral chez France Télécom, Jean-Claude Delgenes​, directeur général et fondateur du cabinet Technologia, a réagi au micro d'Europe 1 à la condamnation des trois anciens dirigeants. En 2010, son cabinet de prévention des risques professionnels avait réalisé un audit au sein de l'entreprise. Les peines prononcées vendredi (4 mois de prison ferme et 15.000 euros d'amende pour les anciens dirigeants, 75.000 euros d'amende pour l'entreprise) répondent à ses attentes.

Un jugement qui marque un tournant

"Ce jugement est un virage historique qui répond réellement aux attentes des préventeurs dont je suis", témoigne-t-il. "Bien sûr, les familles et amis de victimes peuvent considérer que les condamnations sont légères au regard du droit et des souffrances. Mais ce jugement marque un tournant. Car nous n'avions pas, auparavant, d'étalon pour mesurer les stratégies sociales menées par les entreprises."

Selon lui en effet, il sera désormais possible grâce au jugement de "dire si telle stratégie de changement impulsée par l'entreprise relève ou non du harcèlement moral institutionnel." France Télécom a en effet été condamnée pour "harcèlement moral" à la peine maximale, 75.000 euros d'amende. Dix-neuf suicides ont été reconnus au sein de l'entreprise lors du procès. 

"Inciter les directions d'entreprises à faire de la prévention"

"Quand je me suis occupé de France Télécom il y a une dizaine d’années, il y avait environ 25.000 personnes avec un facteur de risque évident, en détresse, soit à peu près 1 salarié sur 5. 30% seulement au cours des cinq dernières années n'avaient pas subi de changements : il y a eu 14.000 mutations, des mobilités forcées…", rappelle Jean-Claude Delgenes. "Je comprends la frustration pour les familles des victimes car il y a eu des morts, des souffrances...Mais on a un jugement qui permet d’inciter les directions d’entreprises à faire de la prévention, à développer du dialogue social, à éviter ce type de marasme, de détresse". 

Selon lui, les condamnations vont "obliger à réfléchir autrement avec éthique, avec humanité."

Europe 1
Par Séverine Mermilliod