Olivier, 59 ans, victime d'inceste pendant son adolescence : "j'ai eu peur de reproduire la même chose"

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Sans pouvoir dater précisément les faits, Olivier est revenu mardi dans l'émission d'Olivier Delacroix sur l'inceste dont il a été victime lorsqu'il était adolescent.

VOS EXPÉRIENCES DE VIE

Dès l'âge de 14 ans environ, le père d'Olivier a commencé à vouloir lui "montrer des choses" en présentant l'apprentissage forcé de son intimité comme une forme d'enseignement. Des années plus tard, ce traumatisme qu'il ne sait pas véritablement dater a resurgi, avec son lot de conséquences sur l'éducation de ses propres enfants. Il raconte son histoire au micro d'Olivier Delacroix sur notre antenne.

 

>> De 15h à 16h, partagez vos expériences de vie avec Olivier Delacroix sur Europe 1. Retrouvez le replay de l'émission ici

"Le problème que j'ai, c'est que je n'arrive pas à mettre de date de début, ni de fin. C'était vraisemblablement au moment de l'adolescence, vers 13, 14 ans. Je suis issu d'une famille de pédagogues et mon père m'a appris à me masturber. Il m'a fait découvrir le plaisir solitaire, sachant que c'était assimilé à de la formation.

Dans plusieurs lieux, pendant plusieurs mois

Je ne sais pas s'il avait besoin de demander, j'étais un enfant assez docile. C'était présenté comme de l'éducation pour expliquer comment le système physiologique fonctionnait. Ça pouvait durer des heures pour qu'il arrive à ses fins. Le seul moyen que j'ai trouvé pour échapper à ça, c'était de faire semblant de dormir. C'était plusieurs fois par semaine, peut-être, dans plusieurs lieux et pendant plusieurs mois. Ça, c'est sûr.

J'ai eu une vie normale, j'ai fait des études, je me suis marié et j'ai eu des enfants. Je pense que c'était tellement assimilé comme de l'éducation que ça ne m'avait pas posé de souci, à part le fait que je suis assez nostalgique. Surtout, je suis triste. Je n'avais pas de joie dans la vie. C'est quelque chose que j'ai complètement occulté. À côté de ça, j'ai eu une éducation vraiment très solide qui a fait que je m'en suis sorti. Ça m'a abîmé mais ça ne m'a pas détruit.

Vers l'âge de 40 ans, mon aîné a eu 14, 15 ans et je me suis retrouvé dans une situation où j'ai eu peur de reproduire la même chose. J'ai perdu les pédales. Tout est ressorti. J'ai été violent verbalement avec eux. Je voulais absolument qu'ils évitent de rentrer dans une phase de soumission ou d'adoration de leur père. Je ne voulais surtout pas qu'ils rentrent dans ce genre de relation qui m'a amené à accepter des choses inacceptables.

" J'ai fait un travail solitaire "

Ma mère m'a dit 'je suis désolée, je n'ai rien vu, je te demande pardon'. La seule chose que j'ai eue de mon père, qui a reconnu les faits mais qui n'en a pas mesuré les conséquences, c'est 'j'ai fait une connerie'. C'est tout.

La thérapie est souvent médicamenteuse et volontairement, je l'ai arrêtée au bout de quelques années. Surtout, j'ai fait un travail solitaire. Dès l'instant où je me suis rendu compte que ce n'était pas normal, j'ai lu beaucoup de bouquins, et ça m'a aidé. Mes amis, ma famille proche la lecture et le fait de chercher des informations à droite et à gauche m'ont beaucoup plus aidé que les actions des thérapeutes. [Aujourd'hui], si je peux aider des gens dans le doute en leur disant qu'on arrive non pas à s'en sortir mais à vivre un peu moins mal en en parlant, il ne faut surtout pas hésiter."

Europe 1
Par Thibaud Le Meneec