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Thibaud Le Meneec
Hypocondriaque depuis trois ans, Gabrielle a vu les symptômes de sa maladie s'aggraver avec le temps mais, consciente de cette pathologie, elle tente de s'en sortir.

Gabrielle vit un véritable calvaire depuis trois ans, date à laquelle elle a fait un burn out. Crises d'angoisse, paranoïa, agoraphobie… La jeune femme, aujourd'hui âgée de 25 ans, est devenue hypocondriaque au point de ne plus être capable de sortir seule de chez elle. Une souffrance qui s'est aggravée avec le temps, jusqu'à un diagnostic qui a changé sa perception de sa maladie. Elle raconte son expérience au micro d'Olivier Delacroix sur notre antenne.

 

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"Au départ, ça a commencé par des angoisses de santé psychique, je me demandais : 'Mais qu'est-ce qu'il m'arrive ?'. Quand j'ai fait un burn out, j'ai développé un trouble de déréalisation / dépersonnalisation. C'est un trouble où vous et le monde semblez irréels, vous avez l'impression d'être hors de votre corps, avec une sensation de perte de contrôle totale. Ensuite, ça a dévié sur des peurs physiques. Il y a avait toujours la peur de mourir étouffée d'angoisse, de faire un malaise. De fil en aiguille, on tombe dans un cercle vicieux. Je suis devenue agoraphobe et je ne peux plus sortir de chez moi sans être accompagnée, sans avoir peur de faire un malaise dans la rue ou de mourir au volant.

On a conscience qu'au bout d'un moment, ça devient illogique et anormal d'être comme ça, mais c'est plus fort que nous. Ça devient comme une manière de se défendre face à la mort. En étant hyper vigilants face au moindre symptôme, on a l'impression qu'on peut échapper au pire alors qu'on sait très bien que ce n'est pas le fait d'avoir peur qui va empêcher un accident d'arriver. Je suis attentive donc, en cas de problème, je pourrais réagir plus vite.

"On s'invente des choses, mais c'est plus fort que nous"

On a conscience qu'on s'invente des choses, mais c'est plus fort que nous. Quand on voit des personnes qui ont un cancer et qui vivent plus que nous, on culpabilise. On se dit : 'Mince, moi je m'empêche de vivre alors que je n'ai rien'. Je vais chez le médecin à peu près deux fois par mois. J'essaye malgré moi de ne pas me forcer à faire plus mais ce n'est pas toujours évident. Si on s'écoutait, on appellerait le médecin tous les jours et on irait aux urgences tous les quatre matins. Mon médecin me connaît depuis longtemps et il a remarqué tout de suite que c'était l'hypocondrie. La première intention des médecins est de donner des médicaments et de dire de faire de la TCC (thérapie cognitivo-comportementale), du yoga, de la méditation…

Quand on est sévèrement hypocondriaques, les méthodes naturelles ne suffisent pas toujours

Je suis soignée par des antidépresseurs et anxiolytiques. Pour l'instant, ça ne m'a pas soulagée parce que quand on est hypocondriaque, les effets secondaires peuvent être très durs à supporter. Vous allez décortiquer la notice pour voir le symptôme le plus grave que vous pouvez avoir et vous allez ne retenir que ça et anticiper l'éventualité que ça vous arrive. Le yoga fait du bien dans l'instant présent, mais ce n'est pas une solution définitive. Quand on est sévèrement hypocondriaques, les méthodes naturelles ne suffisent pas toujours.

La "bonne nouvelle" d'un récent diagnostic

Il y a peu, comme j'avais des vertiges et des pertes de force dans les mains, j'ai été chez mon ORL, qui m'a envoyé faire une IRM cérébrale par précaution pour vérifier si je n'avais pas un schwannome. Il s'est avéré que j'avais un cavernome, une malformation des vaisseaux sanguins, qui sont trop gros. Sur le moment, je l'ai extrêmement mal pris, j'ai eu peur de faire un AVC. Après, à tête reposée, je me suis dit que j'avais peut-être une vraie raison de m'inquiéter. Et même si c'était pas le cas, il y avait quelque chose de concret, donc je m'inquiétais moins pour rien. Finalement, c'est plus facile d'accepter qu'on va mal pour quelque chose qui existe que d'aller mal pour quelque chose qui n'existe pas. Là, j'ai une vraie souffrance, je ne me plains pas pour quelque chose qui n'existe pas.

Pour une personne hypocondriaque, ce qui peut vraiment aider, c'est trouver comment accepter et faire la part des choses entre ce qui est normal et ce qui ne l'est pas. Il faut accepter qu'on est hypocondriaque, accepter qu'on ne peut pas tout contrôler et que si la mort doit venir, elle viendra dans tous les cas, et ne pas paniquer au moindre problème. Moi, j'ai progressé, mais franchement, le chemin est encore long".

L'avis de Michèle Declerck, psychologue*

"Aujourd'hui, l'hypocondrie est avant tout une maladie de société. C'est impressionnant de voir à quel point nos cabinets peuvent être envahis d'hypocondriaques. C'est attribuable à l'hypermédiatisation des maladies et de la chose médicale. Il est clair que les patients anxieux ne s'y retrouvent plus et on leur donne des tas de raisons d'être complètement paniqués à longueur de journée par rapport à leurs problèmes de société.

C'est une maladie à part entière. La grosse erreur que font les hypocondriaques, c'est de penser qu'ils sont malades d'une maladie. Non, ils sont malades de leur hypocondrie. On perd complètement son temps à vouloir rassurer les malades par rapport à des symptômes qui n'existent pas.

Le tempérament anxieux est la racine-même de l'hypocondrie. L'hypocondrie, ce n'est pas la peur de la mort mais c'est la peur de la maladie. Gabrielle a dit quelque chose de très intéressant quand elle a dit que c'était une façon de se défendre contre la mort. C'est vrai. Tant qu'on souffre et qu'on a peur, ça veut dire qu'on est toujours vivant."

*Auteure de Principe de précaution, ou comment rater sa vie en essayant de la sauver (éditions Harmattan)