Métis originaire de Mayotte, Frédéric a découvert qu’il avait un ancêtre chinois

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C’est en passant un test ADN que Frédéric, métis originaire de Mayotte, a appris qu’il avait des origines chinoises. Au micro de "La Libre antenne", sur Europe 1, Frédéric confie son émotion d’avoir découvert l’identité de son arrière-arrière-grand-père, arrivé de Chine et mort à Mayotte en 1917.
TÉMOIGNAGE

Grâce à un test ADN passé en octobre 2019, Frédéric a découvert qu’il avait des origines chinoises. Étant métis originaire de Mayotte, Frédéric raconte que cette découverte inattendue l’a poussé à en savoir davantage sur ses origines. Après des mois de recherches, il a récemment trouvé l’identité de son ancêtre arrivé de Chine à la fin du XIXe siècle et mort à Mayotte en 1917. Sur "La Libre antenne" d’Europe 1, Frédéric détaille son parcours de recherches et raconte que la découverte de son arrière-arrière-grand-père chinois l’a beaucoup ému.

" J’ai passé un test ADN sur la plateforme MyHeritage. En tant que métis franco-africain, cela m’intéressait de connaître mes diverses origines pour expliquer mon apparence. En octobre 2019, j'ai découvert que j’avais du sang chinois, 3,3% de gène extrême oriental. À l'époque, je ne savais pas si mon ancêtre était originaire du Vietnam ou de la Chine. Je manquais d'informations et je m’étais lancé dans une quête éperdue de mes origines. Ces derniers jours, j'ai enfin identifié ce vénérable trisaïeul. 

" Je me suis mis à pleurer parce que je l’avais enfin retrouvé "

Je parcourais, comme à mon habitude, les archives numérisées de l’ANOM, les Archives nationales d'outre-mer, qui sont difficiles à consulter. Tout est écrit avec la calligraphie de la Belle Époque, et on ne peut pas faire de recherches avec un mot clé comme sur les moteurs de recherche habituels. Il faut éplucher les documents à l'ancienne. C'est un travail de fourmi parce qu’il y a énormément de ressources qui s’étalent de 1844 à 1917. À l'époque, je ne savais pas comment mon ancêtre s'appelait et ne connaissais pas ses dates de naissance et de mort. 

Le 3 janvier dernier, en consultant les avis de décès survenus à Mayotte en 1917, je suis tombé sur mon ancêtre. Je sais comment il s'appelle. Il est décédé à l'hôpital de Dzaoudzi le 14 décembre 1917, à l'âge de 48 ans environ. Il serait né en 1869. Ce qui est certain, c'est qu'il est né à Canton Guangzhou, dans la province du Guangdong, en Chine méridionale. Quand je suis tombé sur cet avis de décès, j’ai tout de suite compris que c'était lui et je me suis mis à pleurer parce que je l’avais enfin retrouvé. 

" C’est une découverte sidérante chargée d'une émotion intense "

Mon père est né sur l'île de Mayotte, qui est actuellement le 101ème département français, situé dans le canal du Mozambique, entre Madagascar et le continent africain. Mon père est né à l'hôpital de Dzaoudzi, en 1949. J'ai donc découvert que ce trisaïeul, l'arrière-grand-père de mon père, est décédé dans le même hôpital où naîtront mon grand-père, mon père et ma demi-sœur. C’est une découverte sidérante chargée d'une émotion intense. À l'époque, un Chinois à Mayotte, c'était un ovni. Je pense qu'il est arrivé à Mayotte, soit par hasard ou par dépit. Je n’ai pas tous les renseignements. 

Il existe encore de nombreuses zones d'ombre, mais il est facile d'imaginer le cheminement de mon ancêtre. Il a appareillé au départ du port de Canton vers 1895. Canton Guangzhou qui était un comptoir français à l'époque, à côté de Hong Kong. À cette époque, les Occidentaux s'étaient mis en tête de conquérir la Chine. Ils établirent des comptoirs dans les principales villes maritimes. Dans cette optique, il y a eu des contingents de travailleurs volontaires, à qui on a dû faire miroiter monts et merveilles dans les colonies françaises. 

" C'est une révélation qui prend aux tripes "

Je ne m'attendais pas à ce qu'il soit décédé sur l'île de mes ancêtres, à Mayotte. Je pensais qu'il était mort dans les sentiers de Madagascar. Madagascar, c'est immense, impossible de faire des recherches. Mon émotion vient du fait que j'avais perdu tout espoir d'obtenir des renseignements supplémentaires sur lui. Je me disais que c’était une époque trop reculée. Ce qui m’obsédait dans cette quête des origines, c'était cet ancêtre chinois révélé par l’ADN, à qui je dois mon apparence, ma blancheur étonnante. 

Cette découverte était totalement inattendue. C'est à l'âge de 42 ans que j'ai découvert que j'avais une origine chinoise que je ne soupçonnais pas, alors que je suis divorcé d'une Chinoise. Ça m'a redonné un souffle de savoir que je descends des Mandarins, ça n'arrive pas à tout le monde. Ça transforme l'existence. C'est une révélation qui prend aux tripes et qui fait réfléchir. Certaines nuits, je n'en dormais pas. Je ne m'y attendais pas du tout. 

 

À partir des années 1860, la Chine avait autorisé le départ de ses ressortissants vers les colonies, pour la construction des chemins de fer et le développement du riche Occident. Les gens sont partis la fleur au fusil, sans se douter de la terrible aventure qui les attendait. Je sais que j’ai encore des choses à découvrir. En identifiant cet aïeul et le situant dans l'espace et le temps, je peux imaginer la vie qu'il a menée et qui n'était peut-être pas celle à laquelle il aspirait. Mais toujours est-il qu’il s'est enraciné. Je pense beaucoup à lui. "

Europe 1
Par Léa Beaudufe-Hamelin