Maria Doyle, devenue aveugle à 9 ans : "quand je suis sur scène, je ne suis plus aveugle"

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Chez Christophe Hondelatte, Maria Doyle évoque, avec le journaliste d'Europe 1, sa vie de combats. Devenue aveugle à 9 ans, elle n'a jamais renoncé à être chanteuse.
HONDELATTE RACONTE

La vie de Maria Doyle a basculé à 9 ans. Elle perd la vue, un an après avoir perdu sa petite sœur. Chez Christophe Hondelatte jeudi, elle revient sur son parcours et sa carrière de chanteuse avortée.

"La vie que j’avais en Irlande était très difficile". La petite Maria a 9 ans lorsqu'un jour, en plein cours à l'école primaire, elle interpelle sa professeure. Elle voit tout flou. Les formes, autour d'elle, se brouillent. C'est comme si ses yeux se remplissaient de brouillard. L'écolière retourne chez elle et, dès le lendemain, direction l'hôpital le plus réputé de Dublin pour les pathologies des yeux. Après six semaines d'examen, où chaque jour sa vue se fait de moins en moins bonne, le verdict tombe. Maria est atteinte d'une maladie génétique rare, la maladie de Stargardt. Elle devient aveugle, inexorablement. Malgré la nouvelle, la petite fille encaisse. "La vie que j’avais en Irlande, dans les années 1960, était très difficile, nous étions pauvre. L’année d’avant, j’avais perdu ma petite sœur, qui était morte dans les bras de ma mère. Pour moi, il n'y avait rien de pire que la mort", confie-t-elle au micro d'Europe 1.

>> De 14h à 15h, c’est Hondelatte raconte sur Europe 1. Retrouvez le replay de l'émission de Christophe Hondelatte ici

"C'était mon rêve de chanter". Placée dans une école spécialisée, Maria ne se fait pas à l'ambiance dans cet institut tenue par les sœurs de la charité. Alors elle fuit et sa mère accède à sa demande : elle retourne dans son ancienne école et sa mère l'assistera pour ses devoirs. En parallèle, elle prend des cours de chant. Car Maria a un rêve : devenir une artiste. "C'était mon rêve de chanter et de briller pour tout le monde."

À 13 ans, elle se produit au Maytime Festival de Dundalk, dans le nord de l'Irlande. La petite aveugle à la voix d'ange est immédiatement repérée par un couple d'Américains, complètement sous le charme. Ils la font venir aux Etats-Unis, où elle est accueillie comme une star, enchaîne les concerts. À 17 ans, son exposition grandit en Irlande et à 20 ans, en 1985, elle est choisie pour représenter son pays à l'Eurovision, avec le titre Wait Until the Weekend Comes. Elle finira sixième.

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Maria Doyle et Christophe Hondelatte ©Europe 1

"J’ai sacrifié ma carrière car je ne voulais pas coucher". À l'orée des années 1990, on se dit alors que tout roule pour Maria Doyle et que sa carrière est toute tracée, mais un premier caillou va se glisser dans l'engrenage. Son imprésario fait les mauvais choix et Maria Doyle ne profite pas de l'exposition de l'Eurovision pour faire véritablement décoller sa carrière. Alors elle repart sur les routes, aux États-Unis mais aussi à Londres. Et c'est là-bas qu'elle pense faire une rencontre qui va changer sa vie.

Un producteur lui fait enregistrer deux singles et lui fait des promesses d'album. Mais dans le même temps, on lui fait comprendre qu'il serait bien, pour sa carrière, que Maria Doyle accepte les avances d'un des membres de la maison de disque. "J’ai sacrifié ma carrière car je ne voulais pas coucher, mais je suis fière de moi", souligne-t-elle. Quelques mois plus tard, elle entend à la télévision sa chanson, chantée par une autre. Le producteur lui a piqué son titre.

Le rêve de remonter sur scène. Maria Doyle retourne alors en Irlande, elle se met à l'aérobic et ne chante plus. Et un matin, deux missionnaires mormons frappent à sa porte. L'un d'eux a un accent français. Sur le coup, elle se dit que ce frenchy pourrait bien être son mari. Elle ne s'était pas trompée. Aujourd'hui ils sont mariés, ont sept enfants, tous musiciens, et depuis 26 ans, Maria Doyle vit dans un petit village de Lorraine où elle continue de chanter. Son rêve ? Remonter sur scène, à nouveau. "Quand je suis sur scène, c’est là que je ne suis plus aveugle. J’ai l’impression de tout voir, de tout sentir", indique-t-elle. 

Europe 1
Par Guillaume Perrodeau