Lyes, dans l'enfer des foyers

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Chez Christophe Hondelatte, Lyes évoque son histoire touchante, d'enfant placé dès sa naissance à l'Aide sociale à l'enfance, puis baladé de foyer en familles d’accueil.
HONDELATTE RACONTE

Lyes a 24 ans aujourd'hui. Sans père, avec une mère malade mentale et le reste de sa famille qui ne veut pas s'occuper de lui, il a été placé dès sa naissance sous la responsabilité de l'État, à l'Aide sociale à l'enfance. Chez Christophe Hondelatte jeudi, il évoque son histoire.

"Si on m'avait laissé avec elle..." Lyes est placé dans une pouponnière dès le lendemain de sa naissance. À 18 mois, on le met auprès d'une bonne famille, chez Émilie. Tout est parfait, mais jusqu'à 4 ans seulement. Le mari d'Émilie est alors muté dans le sud et l'Aide sociale refuse que Lyes les suive. "On ne peut pas éloigner un enfant de sa mère génétique", fait valoir l'organisme, quand bien même sa mère est malade psychiatrique et sous tutelle. Emilie va tenter d'adopter Lyes. En vain également. La séparation est inéluctable. "Si on m'avait laissé avec elle, ma vie aurait été vraiment différente", confie Lyes aujourd'hui.

 

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"Aucun souvenir positif". À 4 ans, Lyes est donc placé chez une femme. "Une dame blonde", c'est ainsi qu'il la désigne dans son livre Dans l'enfer des foyers. Deux années d'horreur, où elle ne l'envoie pas à l'école, jette ses peluches, le cache dans un placard quand elle invite des gens chez elle et le fait dormir sur une planche de polystyrène. "J’ai des souvenirs très précis de mon passage chez elle, mais aucun souvenir positif", confie Lyes. Il faudra 24 mois pour que l'Aide sociale retire Lyes à cette femme, avant de le placer chez "Tata". Cette dernière voudrait bien faire, mais Tata est complètement dépressive depuis qu'une enfant, dont elle avait la charge, lui a été retirée. Elle pleure tout le temps. "On m’a mis chez elle à un moment qui était très douloureux pour elle. Elle a essayé du mieux qu'elle pouvait", indique Lyes.

À 9 ans, nouveau changement. Lyes est placé dans un foyer. "Cette structure accueillait 40 enfants, de trois à 18 ans. À partir de là, rien ne peut se passer normalement et correctement", fait-il savoir. Humiliation, coup, brimade et même un viol, subi par un adolescent plus grand que lui. Humilié, il encaisse tant bien que mal, déchargeant notamment sa colère sur les éducateurs qu'il insulte.

Yasmina, enfin. Depuis ses quatre ans, Lyes manque de l'essentiel et tout ce qui lui faut : "de l'amour et de la stabilité", résume-t-il. Placé un court instant chez un homme seul qui ne l’envoie pas à l'école et l'utilise comme un garçon de ferme, le jeune homme passe ensuite par un foyer départemental de l'Aide sociale à l'enfance, à Versailles, avant d’atterrir chez Yasmina. Dès qu'il rentre chez elle, Lyes a le sentiment que les choses vont être différentes. Six autres jeunes sont là également. L'adolescent s'entend bien avec eux. Chez Yasmina, Lyes est aimé. Enfin cela se passe bien. Il en aura fallu du temps.

Aujourd'hui, Lyes n'a "plus du tout" de contact avec sa mère et il travaille. Son métier ? "Je travaille dans une association de protection de l'enfance à Paris, j'essaye de faire quelque chose de toutes ces années", conclut-il. 

Europe 1
Par Guillaume Perrodeau