Levothyrox : le TGI de Toulouse ordonne des expertises médicales

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Des milliers de patients se sont plaints d'effets indésirables après être passés à la nouvelle formule du Levothyrox. © REMY GABALDA / AFP
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Le TGI de Toulouse a ordonné pour la première fois l'expertise médicale des patients disant souffrir d'effets secondaires de la nouvelle formule du Levothyrox. 

La parole aux médecins. Le TGI de Toulouse a ordonné lundi, pour la première fois sur le fond dans le dossier du Levothyrox, à des experts d'examiner des patients disant souffrir d'effets secondaires après la prise de la nouvelle formule du médicament."C'est une décision extrêmement sage avant de se prononcer sur la demande d'indemnisation. C'est la première fois que l'on va analyser cette affaire sur le fond", a indiqué Me Jacques Lévy, qui représente 42 patients ayant assigné le 10 septembre le laboratoire Merck. Ces patients réclament notamment des indemnités pour préjudice d'anxiété et préjudice moral.

Des effets secondaires signalés par des milliers de patients. Le Levothyrox, prescrit contre l'hypothyroïdie, a changé de formule en France en mars 2017. À partir de juillet et août, des milliers de patients ont commencé à signaler des effets secondaires parfois très invalidants : fatigue, maux de tête, insomnie, vertiges, douleurs articulaires et musculaires et chute de cheveux.

Dans leur jugement, les magistrats toulousains demandent notamment à trois experts médicaux "d'expliquer en quoi le Levothyrox nouvelle formule diffère de l'ancienne formule, quels étaient les effets attendus et dire s'il est possible d'expliquer les symptômes rapportés (...) et s'ils étaient évitables par une adaptation thérapeutique adéquate". Ils enjoignent également, avant de se prononcer sur les préjudices moral et d'anxiété, de déterminer si la nouvelle formule "a aggravé des symptômes existants" ou en a créé de nouveaux et de décrire les éventuelles "séquelles". 

"Aucun préjudice n'est établi à ce stade", souligne de son côté le laboratoire Merck dans un communiqué de presse. "Une expertise médicale, à laquelle Merck ne s'est jamais opposé, est un prérequis indispensable à toute demande d'indemnisation pour analyser l'état de santé de chacun des plaignants et pour évaluer s'il y a un lien de causalité avec le médicament", précise le directeur juridique du Groupe Merck, Florent Bensadoun, dans son texte. Le juriste affirme "que la qualité de (la) nouvelle formule a été confirmée à plusieurs reprises par les Autorités de santé".

Des alternatives thérapeutiques pérennes. "Le tribunal a tenu compte des arguments de Merck qui rappelait qu'il existait des alternatives thérapeutiques pérennes", indique encore M. Bensadoun précisant que les juges ont "limité l'obligation de mise à disposition de Levothyrox ancienne formule (Euthyrox), sous astreinte de 500 euros, à une durée de 3 mois à compter du 1er janvier 2019".

En juin, la cour d'appel de Toulouse a confirmé la condamnation prononcée en novembre qui ordonnait aux laboratoires de délivrer l'ancienne formule du médicament à 25 patients de Haute-Garonne. Le troisième rapport de pharmacovigilance sur le Levothyrox, dévoilé début septembre par l'Agence du médicament, ne permet toujours pas d'expliquer la vague des effets indésirables. Les expertises à venir y parviendront peut-être.