Coronavirus Confinement Marseille 2:42
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Léa Leostic
Malgré son inquiétude pour la santé mentale des Français, et plus particulièrement des plus jeunes, le psychiatre et psychanalyste Serge Hefez voit dans ce troisième confinement une note d’espoir car les nouvelles restrictions seraient vues comme le dernier effort avant de retrouver une vie normale. Mais il n’oublie pas non plus le "burn out généralisé".
INTERVIEW

Fermeture des écoles pour trois semaines, interdiction de déplacements à plus de 10 km de son domicile, télétravail généralisé.. Ce week-end de Pâques est marqué par l’entrée en vigueur de nouvelles mesures restrictives pour le lutter contre la hausse des contaminations au Covid-19. Ces nouvelles restrictions suscitent l’inquiétude des psychiatres. "Les gens sont au bout de leurs forces", alertait le psychiatre Serge Hefez il y a deux semaines. En février, 22% des Français se disaient dépressifs et anxieux.

Mais samedi midi sur Europe 1, Serge Hefez s’est montré plus optimiste. "Ces restrictions moins lourdes vont moins peser sur le moral des Français", a-t-il estimé au micro d’Europe 1. "Je n’ai pas envie de voir les choses trop négativement, car ça s’est fait progressivement. Ça a commencé par certaines régions, ce qui a permis de s’habituer. Ce confinement n’en est pas vraiment un. On peut être dehors toute la journée, on n’a plus besoin d’attestations, ce qui était une chose extrêmement lourde pour les gens car cela leur donnait un sentiment de privation de libertés très fort", a développé le responsable de l’unité de thérapie familiale dans le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

"Beaucoup d’espoir qu'on soit sorti du cauchemar d'ici l'été"

"J’ai l’impression que les gens ne le prennent pas trop mal. Ils ont l’impression que, comme les mesures sont un peu light, ça prépare la grande sortie de l’épidémie grâce aux vaccins. Tout le monde a beaucoup d’espoir que d’ici l’été, on soit sorti de ce cauchemar. […] En même temps que l’abattement, il y a cette espèce de frémissement qui est que c’est peut-être la fin", a-t-il également noté. Mais malgré son optimisme, Serge Hefez n’en oublie pas pour autant le climat anxiogène qui règne depuis plus d’un an qui a créé "burn-out généralisé dans la population", selon ses mots. "Les gens n’en peuvent plus", insiste-t-il.

Il s’inquiète tout particulièrement pour la santé mentale des plus jeunes. "Les étudiants que je côtoie sont extrêmement soulagés d’avoir au moins une journée qui va être différente des autres", atteste-t-il. Si les écoles, collèges et lycées ferment leurs portes pour trois semaines, les étudiants pourront quant à eux continuer à se rendre à l’université un jour par semaine. "Les jeunes et les étudiants ont beaucoup trinqués dans cette histoire. Ils ont développé beaucoup de symptômes d’anxiété, de dépressions, d’angoisses ou de troubles du sommeil. Cela va prendre beaucoup de temps pour que toutes ces problématiques psychiques et psychiatriques s’améliorent", prévient Serge Hefez.

Et si la perspective d’un déconfinement et d’un retour à la liberté dans les prochains mois réjouit tout le monde, le psychiatre, lui, continue de s’inquiéter : "les gens tiennent sur leur défense, mais après ces défenses risquent de s’effondrer", conclut-il.