LA QUESTION SEXO - Mon conjoint n'est pas tactile et ça me dérange, que faire ?

, modifié à
  • A
  • A
Partagez sur :
Le conjoint d'Émilie, auditrice d'Europe 1, refuse ses caresses et cela la pousse à se questionner sur l'avenir de son couple. Dans l'émission "Sans Rendez-vous", Catherine Blanc, sexologue et psychanalyste à Paris, livre mercredi son regard sur cette problématique.

Émilie est en couple depuis quatre ans et elle a un problème qui va jusqu'à générer chez elle des interrogations sur son avenir sentimental : son conjoint rejette ses caresses dans la vie quotidienne, dans la sphère privée autant qu'en public. Catherine Blanc, psychanalyste et sexologue à Paris, analyse ce refus de toucher l'autre chez cet homme. Dans l'émission Sans Rendez-vous, avec Catherine Blanc et le docteur Jimmy Mohamed, elle donne des clés pour comprendre cette aversion pour les jeux tactiles.

La question d'Émilie

"Mon copain, avec qui je suis depuis près de quatre ans, a le défaut de ne pas être tactile. Il refuse les papouilles et les caresses, en public ou chez nous, comme devant un film. Je me pose beaucoup de questions et me demande si je me vois réellement faire ma vie avec un homme qui me touche uniquement pour me faire l'amour."

La réponse de Catherine Blanc

"Les gens qui n'aiment pas être touchés par leur conjoint ne sont évidemment pas la plus grande partie des gens, heureusement, mais certains sont en difficulté. Cela renvoie peut-être à des histoires personnelles, d'enfance ou de petite enfance. Ce sont des enfants qui n'ont pas été touchés, qui n'ont pas été câlinés ou qui ont été malmenés, voire battus, par exemple. Ces personnes ont du mal à venir chercher ce qui est pourtant fondamentalement la recherche de tout mammifère et pas seulement les humains.

À compter du moment où on a été dans un ventre, on a grandi sous les caresses, dans la paroi intra-utérine. C'est ce que nous allons naturellement chercher, ce qui est source de sécurité et de réassurance. Assez naturellement, nous allons tous vers cela et quand nous n'y allons pas, cela rend compte de quelque chose qui a été abîmé et traumatisé d'un point de vue psychique ou d'un point de vue physique.

Cela veut dire qu'il a vraiment un problème ?

Absolument. Par exemple, j'ai rencontré des cas de figures de cet ordre-là. Un parent s'en va et son enfant, pour une raison ou pour une autre, va se convaincre qu'il n'aime pas ça pour ne pas souffrir l'absence. Donc, oui, il faut essayer de comprendre. La nature humaine cherche pourtant le contact.

Dès qu'on est traumatisé ou anxieux, dès qu'on nourrit l'anxiété, comme avec la situation du Covid-19, cela va créer chez certains une sorte de besoin de repli et de mise à distance de l'autre, perçu comme un danger. Évidemment, ce n'est pas quelque chose qui se construit dans notre vie d'adulte, mais plutôt dans notre vie d'enfant où l'autre a été perçu comme dangereux en raison de ce qu'il a fait ou de ce qu'il n'a justement pas fait. Du coup, on se préserve de cette possibilité-là.

Cela peut-il remettre le couple en question ?

Si on a deux personnes qui ne sont pas tactiles pour des raisons similaires ou différentes, le couple fonctionne très bien de cette manière-là. Souvent, ce sont les enfants qui souffrent du fait que leurs deux parents n'étaient pas tactiles et qui n'ont pas trouvé le chemin pour pouvoir exprimer ce dont ils avaient eux-mêmes besoin.

Quand il y en a un qui en a le désir et l'autre qui en a l'incapacité, cela pose la question de la frustration pour celui qui en a le désir et à quel moment cette frustration frise le masochisme. Auquel cas, faut-il s'imposer une relation qui fera souffrir toute la vie ? On peut aussi se poser la question 'pourquoi suis-je allée vers cet homme qui me fait souffrir ?'

Est-ce qu'il faut se forcer à aller vers l'autre quand on est un peu un robot émotionnel ? 

Il ne faut évidemment pas se forcer. Mais on peut essayer, petit à petit, de voir qu'il n'y a pas de danger à se laisser toucher et caresser. Sans être étouffant, celui qui est plus à l'aise peut montrer que cela peut être agréable et doux. Il ne faut évidemment pas venir toucher celui qui a du mal dans l'attente qu'il le fasse, comme une revendication. Ce serait une pression assez étouffante et cela fait plutôt fuir l'autre que lui apprendre les codes relationnels. Il ne faut pas se forcer mais essayer de s'apprivoiser, comme le renard dans Le Petit Prince."

Europe 1
Par Catherine Blanc