La bataille de Verdun a-t-elle été retirée du programme de première ?

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La bataille de Verdun est étudiée en première selon l'envie des enseignants.
La bataille de Verdun est étudiée en première selon l'envie des enseignants. © ARCHIVES / AFP
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La polémique née ce week-end sur une supposée disparition de Verdun des programmes scolaires est en réalité due à un emballement politique et non à une réalité éducative.

Les lycéens étudieront-ils toujours la bataille de Verdun à partir de la rentrée prochaine ? La question, pour le moins étonnante, s’est posée ce week-end suite à la publication samedi d’un article de l’Est Républicain alertant sur la disparition des programmes scolaires de première de cet événement majeur de la Première guerre mondiale. Mais la réalité est un peu plus complexe.

Comment est née la polémique ?

Selon l’Est Républicain, "la bataille de Verdun n’apparaît plus dans les nouveaux programmes de lycée annoncés pour la rentrée 2019", pour les classe de première, remplacée par la bataille de la Somme. Un constat souligné lors d’une session du conseil départemental de la Meuse et basé sur le bulletin officiel de l'Éducation nationale. L’article fait immédiatement grand bruit et entraîne de nombreuses réactions politiques. Au niveau local d’abord, quand Samuel Hazard, maire de Verdun et professeur d’histoire, s’émeut d’"une deuxième mort" pour les Poilus dans une lettre adressée au président de la République.

Dans la foulée, le président de la région Grand Est, Jean Rottner a appelé "les historiens français et allemands, les élus et les citoyens du Grand Est à se mobiliser contre cette décision inique", cette "faute contre l’esprit". Le député de la Meuse Bertrand Pancher (Mouvement radical) a contesté une "décision absurde du Conseil supérieur des programmes" pendant que le sénateur du département Gérard Longuet (LR) s’est dit "consterné par le choix du Conseil des programmes de l’Éducation Nationale qui préfère les défaites aux victoires et méconnaît le rôle décisif et la place de Verdun tant dans la victoire de la Marne que dans la tenue du front tout au long de la guerre".

En quelques heures, la polémique avait gonflé au niveau national. "Ce scandale est celui de trop ! En supprimant la bataille de Verdun des manuels scolaires, le gouvernement dépossède les Français de leur histoire glorieuse et foule aux pieds le sacrifice ultime de nos soldats", s’est insurgée Marine Le Pen. "Quel irrespect pour nos poilus, leur famille et la France. Mitterrand et Kohl doivent se retourner dans leur tombe ! Ce nouveau monde macronien qui veut gommer la bataille de Verdun du programme scolaire est écœurant", a renchéri Nadine Morano.

Qu’en est-il réellement dans les programmes ?

Si l’on se réfère au bulletin officiel de l’Éducation nationale, dont la version pour la rentrée a été publiée en début d’année, Verdun n’est en effet pas mentionné explicitement dans l’étude de la Première guerre mondiale, contrairement aux batailles de la Marne, des Dardanelles et de la Somme. Choquant ? En réalité, pas plus qu’avant puisque la bataille de Verdun ne figurait déjà pas dans les programmes l’an dernier. C’est ce qu’a tenu à rappeler le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, sur Twitter, réaffirmant au passage que cela n’empêchera Verdun d’être "évidemment étudiée en première".

Sur Twitter, des professeurs d’histoire-géographie ont ainsi tenté de déminer la polémique naissante, à l'instar de Thibaut Poirot, professeur dans le Grand Est. "Non Verdun ne disparaît pas du programme d’histoire au lycée. La bataille de la Somme était déjà au cœur de l’ancien programme de première", a-t-il souligné. Selon lui, étudier l’une n’exclut pas de traiter l’autre. Le bulletin officiel ne mentionne ainsi que les sujets sur lesquels il faut "insister", appelés des "Points de passage et d’ouverture". Obligatoires, ils structurent l’enseignement des cours. Mais rien n’empêche les enseignants de prendre des libertés une fois ces points traités.

Par ailleurs, il s’agit, selon Thibaut Poirot, de ne pas retraiter en profondeur un sujet déjà abordé au collège. "Dans l’idée, on fait la Somme en première, parce que Verdun occuperait déjà pas mal les gamins au collège" (en troisième précisément), a-t-il expliqué. Un élément appuyé par le syndicat d’enseignants Snes-FSU. Sur Twitter, il "plaide pour une conception des programmes qui sache sortir de la répétition, qui soit construite dans la continuité tout le long du second degré. Verdun est au programme au collège !"