Procès : pourquoi la "justice filmée" que propose Éric Dupond-Moretti divise

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Le ministre de la justice aimerait que les procès soient filmés. 1:36
Le ministre de la justice aimerait que les procès soient filmés. © AFP
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Lundi, dans "Le Parisien", le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti propose que les procès soient intégralement filmés et diffusés. En France, un tel dispositif reste pour l'instant une exception. Et certains acteurs du secteur s'inquiètent des conséquences d'un tel bouleversement. 
DÉCRYPTAGE

C'est un nouveau débat que propose d'ouvrir Éric Dupond-Moretti. Dans un entretien publié lundi dans Le Parisien, le ministre de la Justice affirme vouloir que les procès soient "totalement" filmés et diffusés, indiquant qu'il va porter ce projet "avant la fin du quinquennat". Mais aujourd'hui, la captation vidéo des procès demeure une exception. 

Seuls certains procès historiques sont filmés. C'est le cas, par exemple, de celui des attentats de janvier 2015, qui se déroule en ce moment à Paris. Il y a également de rares exceptions pour des documentaires. Sinon, tout enregistrement d'un procès est interdit depuis une loi de 1954, après le procès Dominici, qui avait été largement perturbé par les photographes.

"La justice doit se montrer aux Français"

Un demi-siècle plus tard, Eric Dupond-Moretti explique dans les colonnes du Parisien que "la justice doit se montrer aux Français". Pourtant, ce n'est pas l'avis du Conseil constitutionnel, qui s'est justement prononcé sur le sujet en décembre dernier. Pas question, avaient estimé les Sages, en s'appuyant sur les arguments... de Matignon, incarné par Philippe Blanc, commissaire du gouvernement.

"Ce n'est pas seulement la présomption d'innocence de la personne poursuivie qui pourrait être compromise en cas de diffusion des images de son procès avant qu'il ait pris fin", mettait-il en garde. "Une médiatisation excessive serait susceptible de porter gravement attente au droit au respect de la vie privée des parties au procès, à la sécurité des acteurs judiciaires et, d'une manière générale, à la bonne administration de la justice si celle-ci était exposée à la dérive que constituerait sa transformation en spectacle."

Europe 1
Par Guillaume Biet, édité par Antoine Terrel