Immigration : pour l'ancien directeur de l'Ofpra, "notre système fonctionne mal pour accueillir, mais aussi pour protéger"

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Pour Pascal Brice, ancien directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et invité de la matinale d'Europe 1, mercredi, Emmanuel Macron a raison d'"affronter la question de l'immigration".
INTERVIEW

À deux semaines du débat parlementaire, l'immigration revient au premier plan : lundi soir, Emmanuel Macron a demandé à sa majorité de "regarder ce sujet en face". Sur notre antenne, mercredi, Pascal Brice, ancien directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) de 2012 à 2018, estime également qu'"il faut affronter la question de l'immigration".

"Nous ne sommes pas dans une situation de submersion ou de vague migratoire", tempère d'abord l'ancien directeur de l'Ofpra, avant d'affirmer que "dans une société comme la nôtre, où vous avez des difficultés sociales et interrogations identitaires, la question de l'immigration se pose. La situation travaille le corps social donc il faut l'affronter, la question est de savoir comment."

Les quotas ? "Ayons des critères clairs"

Avec un constat : "Notre système fonctionne mal pour accueillir, avec un demandeur d'asile sur deux dans les rues, mais aussi pour protéger", selon Pascal Brice. Ces derniers jours, le gouvernement est notamment apparu divisé sur l'Aide médicale d'État, dont le budget a doublé en dix ans pour avoisiner le milliard d'euros pour environ 300.000 demandeurs.

" Comment on organise la réponse aux besoins des entreprises à travers l'organisation de la migration économique légale ? "

D'autres sujets devraient être abordés lors du débat parlementaire, notamment celui des quotas annuels d'immigration : "Il est important de se poser la question de la migration économique légale : il y a des besoins dans nos entreprises, et ça ne va pas s'arranger avec la démographie. En même temps, il faut prendre en compte les inquiétudes légitimes des salariés. Comment on organise la réponse aux besoins des entreprises à travers l'organisation de la migration économique légale ?", analyse Pascal Brice. Selon lui, "au lieu d'être dans les fantasmes, organisons les choses et ayons des critères clairs à travers un débat public".

Brice propose de "réécrire les critères du droit au séjour"

"Depuis 30 ou 40 ans, on a restreint les voies de migrations légales : si vous êtes un migrant, la seule porte encore ouverte est l'asile, vous le demandez", explique l'ancien directeur de l'Ofpra. "Dans 40% des cas, vous relevez des cas d'asile et vous êtes protégé, dans 60% des cas, c'est non. Posons-nous la question de savoir, dans des limites à fixer, comment avoir des voies de migration légale notamment pour la migration économique."

Pascal Brice va plus loin, puisqu'il propose, "avec un groupe de praticiens", de "réécrire les critères du droit au séjour, le droit d'asile, la migration économique légale, des situations de détresse humanitaires, selon des critères clairs et transparents" :  "Lorsqu'on n'est pas dans les critères, on est effectivement reconduit, et pas seulement dans les discours. Il faut affronter cette question et apporter des réponses sereinement." Avec, déjà, le futur à prévoir : "Il faut anticiper les déplacements climatiques environnementaux, déjà à l'oeuvre."

Europe 1
Par Thibaud Le Meneec