"Hier en pleine campagne, aujourd'hui en pleine ville" : quand l'étalement urbain rattrape les sites Seveso

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L'incendie de Lubrizol repose la question de la proximité des sites Seveso et des habitations. 2:43
L'incendie de Lubrizol repose la question de la proximité des sites Seveso et des habitations. © Lou BENOIST / AFP
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L'incendie de Lubrizol, à Rouen, a jeté une lumière crue sur la réalité de l'étalement urbain. Jusqu'ici isolés, les sites Seveso français se retrouvent de plus en plus souvent tout près des habitations.
ON DÉCRYPTE

On en compte 1.312 sur toute la France, dont une vingtaine à "haut risque". La catastrophe de Lubrizol, avec l'incendie de l'une des usines de l'entreprise à Rouen dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, a jeté une lumière crue sur la situation des sites Seveso. Construits au départ loin des villes, ces derniers ont peu à peu vu les constructions des communes se rapprocher. Ce qui n'est pas sans risque pour les populations. 

Des logements à 100, 200 ou 400 mètres des sites

Les premiers sites Seveso ont été construits dans les années 1930, et tous étaient jusqu'ici isolés. Mais les zones autour, longtemps restées très larges, se sont rétrécies à mesure que les villes se sont agrandies et que l'étalement urbain s'est accéléré. Les habitations sont bien sûr tenues de respecter une distance minimum imposée, qui varie selon le site et figure dans une "étude de danger" établie par chaque exploitant. Mais on trouve désormais des logements à 100, 200 ou 400 mètres des sites.

"Des sites Seveso qui étaient hier en pleine campagne se retrouvent aujourd'hui en pleine ville", reconnaît Evrard Fauche, directeur de Butagaz, à Petit-Couronne, en banlieue de Rouen. C'est ici que trois millions de bouteilles de gaz sont remplies de butane et de propane chaque année, avant de partir chez les consommateurs. Ce qui vaut au site un classement en seuil "haut" de dangerosité. Si lors de son implantation, en 1931, le seul voisin de Butagaz était une raffinerie, désormais la commune de Val-de-la-Haye est toute proche.

L'acceptabilité sociale du risque

"On a des contacts réguliers, on travaille en bonne intelligence", assure Evrard Fauche. Selon lui, la proximité des habitations (ici, aucune ne peut être construite à moins de 400 mètres) s'explique aussi par le fait que "ce sont souvent des sites qui génèrent de l'activité économique, des emplois". Se pose alors "la question de l'acceptabilité sociale du risque".

" Mettre ces sites à la campagne ne règle aucun problème "

La question se posera avec acuité aux élus municipaux de Rouen qui discutent en ce moment même de la construction d'un "éco-quartier" de 2.500 logements... à un kilomètre du site de Lubrizol. En 2016, l'agence gouvernementale pour l'environnement avait déjà pointé, dans un premier avis, l'absence de connaissance sur les risques d'accident sur le site voisin dans l'enquête d'impact réalisée. Après l'incendie de la semaine dernière, le projet a du plomb dans l'aile.  "Là ça craint", souffle Sylvain, qui habite à proximité depuis 10 ans. "D'autant qu'il n'y a pas que [Lubrizol], il y a aussi Total. Non, il ne faut pas" faire ça.

"L'industrie, il nous en faut"

"Cela nous amène à réunir l'ensemble des élus et avoir une nouvelle réflexion", admet Christine Rambaud, adjointe en charge de l'urbanisme à la mairie de Rouen, qui rappelle par ailleurs qu'aucun permis n'a encore été signé. "Il faut qu'on ait des certitudes sur la protection des futurs habitants."

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Mais selon elle, la solution n'est pas nécessairement celle d'une interdiction pure et simple des constructions dans les environs. "On a bien vu que le nuage de fumée impacte aussi les agriculteurs, les villages ruraux. Dire qu'on met ces sites à la campagne ne règle aucun problème."D'autant que "si nous voulons éviter l'étalement urbain, il faut admettre que l'on densifie et que l'on construit la ville sur la ville", ce qui n'est pas forcément une bonne solution pour Christine Rambaud.

Sans compter, encore et toujours, l'attractivité économique de ces sites. "Les industries, il nous en faut. La réflexion, c'est [plutôt] comment on remplace une industrie à risque par une industrie qui en représente moins." En Seine-Maritime, l'industrie représente 15% des emplois.

Europe 1
Par Théo Maneval, édité par Margaux Baralon