Grandes "oubliées" du plan santé, les infirmières se mobilisent mardi

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C'est la déception née de la présentation du plan santé qui a provoqué la colère des organisations syndicales d'infirmiers.
C'est la déception née de la présentation du plan santé qui a provoqué la colère des organisations syndicales d'infirmiers. © PHILIPPE HUGUEN / AFP
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Les infirmières en colère vont participer mardi à une vingtaine de rassemblements dans toute la France pour dénoncer le dernier plan santé et le "mépris" du gouvernement. 

Après les "gilets jaunes", les blouses blanches : grandes "oubliées" du plan santé, les infirmières sont appelées à cesser le travail et à manifester partout en France mardi par seize organisations dénonçant le "mépris" du gouvernement, accusé d'avoir cédé au "lobby" des médecins.

Une vingtaine de rassemblements. Une vingtaine de rassemblements sont prévus à partir de 14 heures en région, notamment devant les préfectures, et à Paris, devant le ministère de la Santé, pour réclamer la "reconnaissance" de la profession, de meilleures rémunérations, plus d'autonomie ou encore un renforcement des effectifs dans les établissements.

Un plan santé décidé "autour des seules médecins". La mobilisation, annoncée depuis octobre et soutenue par l'Ordre des infirmiers, "n'a rien à voir" avec celle des "gilets jaunes", même si "certaines revendications" sont "peut-être" partagées, a tenu à préciser Daniel Guillerm, le vice-président de la FNI (libéraux). Ce n'est pas la hausse des prix du carburant qui a provoqué la colère des organisations syndicales, mais la déception née de la présentation du plan santé en septembre par le président Emmanuel Macron, un catalogue de mesures "décidées autour des seuls médecins", a estimé Daniel Guillerm.

"Il n'y a toujours rien qui se passe". "On a une population vieillissante, qui a de plus en plus besoin de soins, on est sur le terrain sept jours sur sept, on est dans les territoires les plus reculés, en milieu rural. On est là quand les médecins ne répondent plus le vendredi à partir de 18 heures", rappelle au micro d'Europe 1 Catherine Kirnidis, présidente nationale du Sniil (Syndicat National des Infirmières et Infirmiers Libéraux).

Dans une situation difficile en effet, "bien souvent les patients appellent leur infirmière", assure-t-elle. "On a donné des éléments très concrets et des propositions très concrètes au ministère et à la Caisse d'assurance maladie, mais il n'y a toujours rien qui se passe", déplore cette responsable syndical.

Les "assistants médicaux" ont mis le feux aux poudres. En particulier, la création de 4.000 postes d'"assistants médicaux", à mi-chemin entre la secrétaire et l'aide-soignante, "a mis le feu au poudre", a rappelé son homologue du Sniil (libéraux), John Pinte. Pourquoi créer un nouveau métier au lieu de s'appuyer sur les quelque 660.000 infirmières existantes ? Pourquoi "payer des secrétaires aux médecins sur le dos de l'assurance maladie", pour un total de 200 millions d'euros par an, au lieu de créer des postes en maison de retraite ou d'augmenter actes et salaires des infirmières, interroge Daniel Guillerm, de la FNI.

Un salaire de "1.600 euros, ce n'est pas assez". "Tout va mal", témoigne ainsi Hassina, en poste à l’Hôpital Nord de Marseille. "On a une charge de travail énorme, de plus en plus, avec un manque d'effectifs. On essaie de tirer, et malheureusement, on s'épuise psychologiquement et physiquement", raconte cette infirmière à Europe 1. Conséquence de cette surcharge de travail : "il faut aller vite, c'est les patients qui en pâtissent car à un moment, l'humain, on le met de côté. On travaille à la chaîne, quoi". Et pour Hassina, le salaire ne suit pas : "je vous le dis honnêtement, je touche 1.600 euros, je trouve que ce n'est pas assez pour le travail que je fais". 

Les infirmiers pour régler le problème des déserts médicaux ? Les infirmières libérales pourraient être les plus mobilisées mardi, leurs négociations avec l'Assurance maladie devant reprendre le 4 décembre, selon les syndicats. Ces derniers avaient claqué la porte au début de l'été estimant que les propositions n'allaient pas assez loin, notamment sur la création de nouveaux actes pour suivre les patients à domicile. "La seule préoccupation du gouvernement c'est la désertification médicale. Pourquoi ne pas donner aux infirmières certaines prérogatives" pour pallier le manque de médecins, suggère Daniel Guillerm, citant par exemple la possibilité de prescrire des soins de réhydratation aux personnes âgées pendant les canicules.

Présentée comme une avancée par le gouvernement, la création d'un nouveau métier d'infirmier en pratique avancée, c'est-à-dire aux compétences élargies, ne concernera qu'une minorité de professionnelles qui seront maintenues "sous le joug du corps médical", regrette enfin Daniel Guillerm.