didier lombard 6:11
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Tiffany Fillon , modifié à
Alors que France Télécom et ses anciens dirigeants, dont l'ex-PDG Didier Lombard, ont été condamnés vendredi à Paris pour "harcèlement moral", Yves Minguy, ancien cadre informatique chez France Télécom et l’un des premiers salariés à avoir porté plainte, est revenu sur Europe 1 sur le procès et l'amende maximale de 75.000 euros qu'a reçue l'entreprise.
TÉMOIGNAGE

Il attendait ce procès depuis dix ans. Yves Minguy, ancien cadre informatique chez France Télécom et l’un des premiers salariés à avoir porté plainte contre France Télécom, était vendredi l'invité de Nathalie Lévy. Il est revenu sur la condamnation de France Télécom dans l'affaire des suicides internes à l'entreprise. France Télécom et ses anciens dirigeants, dont l'ex-PDG Didier Lombard, ont en effet été condamnés vendredi à Paris pour "harcèlement moral", dans un procès inédit qui s'est tenu dix ans après plusieurs suicides de salariés.

"C’est un grand soulagement, c’est une joie parce que l’on attendait [ce procès, NDLR] depuis dix ans. Ça fait dix ans que mes collègues et moi sommes dans la galère. C’est long dix ans dans une vie. C’était long d’attendre", a réagi Yves Minguy.

"Aucun signe d'empathie"

L'entreprise est condamnée à l'amende maximale de 75.000 euros. Les anciens dirigeants, l'ex-PDG, l'ex-numéro 2 et l'ex-DRH, ont eux été condamnés à un an de prison dont huit mois avec sursis et 15.000 euros d'amende, pour avoir mis en place d'une politique de réduction des effectifs "jusqu'au boutiste" entre 2007 et 2008. Si Yves Minguy est soulagé que l'entreprise soit reconnue coupable dans cette affaire, il estime que les dédommagements financiers ne peuvent pas faire disparaître le mal-être vécu par certains employés. "Vis-à-vis de la loi, c’est la peine maximale. Cela a été dit : ils sont coupables. Mais par rapport à ce que l’on a vécu, cette peine, c’est quand même léger", lance-t-il.

Contrairement à l'entreprise, Didier Lombard, lui, a annoncé vendredi qu'il ferait appel de sa condamnation. Yves Minguy, qui dit l'avoir "vu à l’audience et à quelques audiences" et avoir "témoigné à l’audience", décrit un ex-PDG peu démonstratif. "Il n’a rien montré du tout, aucun signe d'empathie. La présidente lui a même posé la question et, si mes souvenirs sont bons, il a dit qu'il ne répondrait pas à cette question", se souvient Yves Minguy. "J’ai du mal à comprendre que quelqu’un qui ait ça sur la conscience ne réagisse pas et soit impassible dans son fauteuil. J’ai eu du mal à l’accepter."

Concernant les autres dirigeants condamnés, l'ancien cadre dit qu'il n'a "pas entendu" d'excuses de leur part. "Ce que j'ai ressenti, c'est Louis-Pierre Wenès [ex numéro 2, NDLR], qui, à des moments, a peut-être laissé montrer quelque chose mais je n'ai rien vu d'autre", précise Yves Minguy, qui a presque passé 35 ans chez France Télécom. 

Victime et spectateur du mal-être dans l'entreprise

Yves Minguy a beau avoir connu une ascension exemplaire au sein de l'entreprise, il est tout de même l'un des premiers à avoir porté plainte contre France Télécom. Au micro d'Europe 1, il raconte sa descente aux enfers suivi de "dix ans de souffrance, d'antidépresseurs et de psy". "On m’a fait subir huit mois de placard dans un bureau sans rien faire, c’est dégradant. Après, je me suis redressé, j’ai eu la chance de rencontrer des gens qui m’ont remis sur les rails. Je suis bien reparti. Et puis, un beau matin on vous tire dessus en plein vol", résume-t-il. 

Au-delà de son cas personnel, l'ancien employé affirme aussi avoir "vu couler" certains de ses collègues, voire "se suicider". Selon lui, les proches de ces collègues ont parfois plongé. Yves Minguy parle de "vies de familles, de vies de couples et de conjoints et conjointes démolis". Une telle souffrance, qui, d'après lui, "n'a pas de prix". 

Mais Yves Minguy pense aussi que cette décision va lui permettre d'aller de l'avant. "On va essayer de tourner la page. J'ai toujours dit que l'on voulait entendre de leur part qu'ils avaient fait une bêtise", affirme-t-il.