Fatia rend hommage à son ancienne maîtresse d’école : "Elle m’a tout appris"

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Fatia a été très marquée par son ancienne maîtresse d’école. Elle raconte avoir passé quatre ans dans la classe de cette institutrice qui a fait ce qu’elle est aujourd’hui, selon elle. Au micro de "La Libre antenne", sur Europe 1, Fatia rend hommage à son ancienne maîtresse d’école, dont elle garde un souvenir ému.
TÉMOIGNAGE

La mort de Samuel Paty, le professeur d’histoire-géographie assassiné à Conflans-Sainte-Honorine en octobre dernier, a agi comme un électrochoc pour Fatia qui a été marquée par son ancienne maîtresse d’école. Elle raconte que cette institutrice lui a tout appris et a fait ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Au micro de Sabine Marin, sur "La Libre antenne" d’Europe 1, Fatia évoque le souvenir ému de sa maîtresse d’école qui lui a appris à aimer la lecture, le sport et surtout la musique, en lui faisant découvrir Maria Callas.

"Quand le professeur (Samuel Paty NDLR) est décédé, j’ai reçu un électrochoc. Je n'ai pas eu la chance de faire des études, mais j'ai une maîtresse d'école extraordinaire. Je regrette de ne pas être restée en contact avec elle. Je me souviens de sa façon de s’habiller, elle mettait des petites jupes en cuir et des cols roulés. J'ai 68 ans. À l’époque j’avais 10 ans. Je suis restée quatre ans dans sa classe, parce que j'ai commencé l’école tard. J’étais donc dans une classe spéciale et je suis restée tout le temps avec elle. 

C’était à Melun. Mon père est arrivé en France en 1948. Il allait voir ma mère de temps en temps et ils ont eu des enfants. Moi, je suis arrivée France en 1954, j’avais deux ans. À cette époque, l'abbé Pierre avait fait construire des cités d'urgence. C'étaient de petites maisons avec un jardin. Il y avait des Espagnols, des Portugais, des Français… C'était comme une grande famille. J'avais une famille musulmane, mais ils avaient un peu oublié leur culture. Je ne savais pas si j'étais musulmane ou chrétienne. On n’en savait rien. Ça n'avait rien à voir avec maintenant. 

" Elle m'a apporté du soleil toute ma vie "

Cette maîtresse m'a tout appris. Je n’étais jamais allée à la mer. Elle m’a dit : 'On va faire en sorte que tu y ailles'. Elle était espagnole. Quand elle allait en Espagne, elle m’envoyait des cartes postales. Elle était tellement extraordinaire. Je ne m’en rendais pas compte. Malheureusement, j'ai quitté l'école à 14 ans. J’ai passé quatre ans à l'école, c’est tout. Elle continuait à venir me voir chez moi. Après, on m'a mariée à 16 ans. Mais je l'ai toujours dans ma tête.

Cette maîtresse doit avoir au moins 95 ans maintenant. Je ne sais pas si elle est encore en vie, mais elle est dans mon cœur. Je pense que cette femme a fait ce que je suis. Elle m’a fait connaître Maria Callas. Elle nous faisait fermer les yeux et nous faisait écouter de la grande musique. Maintenant quand il y a des émissions sur Maria Callas, je les regarde et je pense à elle. Nous à la maison, on ne lisait pas. Elle m'a appris à aimer la lecture. Elle m'a appris à aimer le sport. Même si ma vie a été compliquée, elle m'a apporté du soleil toute ma vie.

Je savais réciter, mais j'avais un cheveu sur la langue. Elle voulait absolument m’enregistrer et disait : 'Écoutez comme elle récite bien !'. La mort de ce professeur (Samuel Paty NDLR) m'a fait mal au cœur. Je me dis que ses élèves doivent ressentir la même chose que moi. Je pense que chacun de nous a un professeur ou une maîtresse d'école qui l’a marqué. Quand je parle d’elle, j’ai toujours les yeux qui brillent. C'était quelqu'un d'extraordinaire. C'est dommage parce que je n'ai pas pu lui dire l'impact qu'elle a eu sur moi."

Europe 1
Par Léa Beaudufe-Hamelin