ÉDITO - Le vélo électrique séduit, la petite reine se meurt

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Des vélos électriques dédiés au service de vélo en libre service Velib, à l'usine de fabrication Arcade Cycle de Paris, à La Roche-sur-Yon, le 19 décembre 2017. © LOIC VENANCE / AFP
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Alors que la France entière pleure la disparition de Raymond Poulidor qui incarnait le courage à vélo, les Français se ruent sur la bicyclette électrique. Et si demain, la petite reine à l'ancienne disparaissait ? 
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La fée électrique a pris le pouvoir. En 2018, près de 350.000 vélos à assistance électrique ont été achetés en France, soit 20% de plus que l’année précédente et 23 fois plus qu’en 2008. Face à ce succès, les constructeurs visent même un million d’engin en 2025. Le phénomène est identique en Allemagne, en Belgique ou aux Pays-Bas, et trouve son origine dans les politiques anti-voitures menées dans les grandes villes où la bicyclette est intronisée reine du bitume. L'adage "métro-boulot-dodo" est désormais remplacé par "vélo-boulot-dodo", et ce, d'autant plus que près d'un vélo à assistance électrique sur deux est acheté par des cyclistes qui l'utilisent pour aller travailler. 

Un coup de pouce pour l'industrie du vélo 

Le vélo Mercier utilisé par le regretté Raymond Poulidor en 1974 n’a plus grand-chose à voir avec ces engins qui coûtent autour de 3.000 euros. Et il ne faut pas s'attendre à une baisse des prix significative : ces machines sont de plus en plus high tech et performantes. La marque Angell, fondée par Marc Simoncini, le créateur de Meetic, débarque ainsi sur le marché avec une machine de guerre au design futuriste, dotée d'un GPS, d'une alarme, d'éclairage hyperbolique, qui n'a rien à envier à un scooter. Séduits, les marchands de vélo en font désormais leurs têtes de gondoles, bien décidés demain à convertir les vrais cyclistes à l’électrique.

Faire du vélo sans effort 

Ces vélos électriques, c'est quand même génial pour continuer à pédaler après 75 ans. Demandez donc à Michel Drucker. Mais ce qui fait la grandeur du vélo, c’est la souffrance qui va avec. Changer de braquet, se mettre en danseuse, mouliner, aller au bout de ses forces pour atteindre un col… Dans les Alpes, demain, on risque de croiser des pelotons escaladant le Lautaret à la cool sur des vélos qui ressemblent à des mobylettes. Faut-il renoncer au goût de l’effort ? Non, car le vélo sans effort, c’est comme le trapèze sans le vide, et ce n'est pas digne de "Poupou". Les mauvaises langues vont dire qu'avec un vélo électrique, il aurait sans doute été numéro 1…

Europe 1
Par Jean-Pierre Montanay, édité par Tiffany Fillon