École à la maison : PowerZ, le jeu vidéo français pour apprendre en s'amusant

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Le "Hall des Épreuves" est un exercice de "PowerZ" dédié au calcul mental. 1:40
Le "Hall des Épreuves" est un exercice de "PowerZ" dédié au calcul mental. © PowerZ
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Jeu vidéo et éducation ne font pas toujours bon ménage. PowerZ, un jeu français, ambitionne de réconcilier ces deux mondes qui ne se parlent pas beaucoup. Dans cette aventure médiévale, les enfants jouent tout en apprenant les maths, le français, l'écologie, etc. Ils sont plus de 8.000 à s'être lancés en deux mois.

L’école à la maison est de retour et ce n'est pas toujours simple. Enfants et parents ont signalé beaucoup de bugs sur les sites de l’Éducation nationale depuis mardi. Le parquet de Paris a même ouvert une enquête sur de potentielles cyberattaques. Tout cela, c'est du temps perdu pour les enfants bloqués devant une page internet qui ne charge pas. Pour rattraper ce temps perdu, il y a des solutions originales comme PowerZ, un jeu vidéo éducatif lancé en février. Le concept : à partir de 6 ans, apprendre en s’amusant. En deux mois, 8.000 enfants ont démarré l'aventure.

Un jeu vidéo pour apprendre sans travailler

PowerZ est avant tout un jeu vidéo, avec une histoire, des personnages et des missions. En l'occurrence, il faut créer son avatar puis le faire vivre au sein d'un village médiéval. Au gré des rencontres, on accède à des lieux qui vont de pair avec des quêtes. Certains, comme le Hall des Épreuves, proposent de véritables exercices pour apprendre les maths, la musique ou l'astronomie. D'autres distillent au compte-goutte des connaissances sans que l'on s'en rende compte. Ainsi, les personnages que l'on croise utilisent des mots issus de diverses langues étrangères. Il est aussi question d'écologie : quand on coupe un arbre pour avoir du bois, on est contraint de replanter une graine derrière.

Apprendre des choses sans avoir l'impression de réviser, c'était le but d'Emmanuel Freund, le créateur de PowerZ, qui se trouve être l'ancien patron de Shadow, une entreprise de cloud gaming. "Quand j'ai quitté Shadow, je me suis occupé de mes enfants de 5 et 8 ans et j'ai regardé un peu ce qui se faisait en termes de logiciels pour apprendre à lire, à compter, etc.", raconte l'entrepreneur. "J'ai trouvé plein de petites applications, pas très ambitieuses, des sortes de cahiers de vacances numériques. Ça n'intéressait pas mes enfants plus de 20 minutes parce que ça ressemblait trop à des devoirs." 

Powerz, le successeur d'Adibou ?

Emmanuel Freund se dit alors qu'il y a quelque chose à inventer "qui mélange l'intérêt des enfants pour les jeux vidéo et le côté éducatif des applications". "Je voulais un jeu éducatif qui produise le même effet que Pokémon ou Zelda, que les parents soient obligés de hurler pour faire venir les enfants à table quand ils jouent, sauf qu'ils apprendraient des choses", précise le fondateur de PowerZ. Tout n'a pas été simple au départ. "Quand j'ai parlé de ce projet aux gens que je connaissais, ils avaient presque l'air déçu qu'après Shadow je ne me lance pas dans un projet plus fou. Comme si l'éducation ne valait pas que la tech s'y intéresse."

De fait, quand on joue à PowerZ, on pense immédiatement à Adi et Adibou, les références des jeux éducatifs français. "Tous les enfants qui ont grandi dans les années 1990 et 2000 connaissent Adibou. C'était phénoménal ! On aurait pu penser qu'en 30 ans, le filon aurait été exploité et qu'on aurait plein de jeux éducatifs incroyables. Pas du tout. Il n'y a même pas un jeu du niveau d'Adibou", s'étonne Emmanuel Freund. "La technologie veut créer des moutons électriques et envoyer des fusées sur Mars mais éduquer nos enfants ça ne fait rêver personne apparemment."

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"Et en face, l'école et la technologie ce n'est pas évident non plus, qui plus est quand il s'agit de jeux vidéo. L'idée de PowerZ, c'est de connecter ces deux mondes qui ne se parlent pas assez", explique le quadragénaire. Avec sa petite équipe, il s'entoure donc spécialistes de l'éducation pour baliser son jeu, notamment Gérald Bronner, sociologue et membre du conseil scientifique de l'Éducation Nationale. "On travaille aussi avec les éditions Hachette et Nathan qui sont les leaders des manuels scolaires."

"J'apprends et en même temps je m'amuse"

PowerZ est donc conçu comme un jeu vidéo dans lequel on apprend des choses, et non comme un jeu éducatif dans lequel on s'amuse. Une nuance importante. "Pour que ça marche, il faut qu'on puisse concurrencer les jeux vidéo, que les enfants n'aient pas l'impression de se faire avoir mais de jouer à un vrai jeu vidéo. Et en même temps, les parents doivent voir que leurs enfants apprennent des choses et que ce n'est pas juste un jeu vidéo de plus", souligne Emmanuel Freund.

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Un concept qui a séduit Mila, 10 ans. À défaut de pouvoir aller à l’école, elle joue sur l’ordinateur familial à la maison. "C'est une façon différente d'apprendre. À l'école, on doit suivre les règles. Là, je peux faire les exercices que je veux quand je veux", explique la jeune fille, qui termine actuellement son CM1. Elle joue deux heures par semaines à PowerZ, un jeu qu'elle aime "beaucoup" même s'il ne remplace par les cours traditionnels. "À l'école, il y a mes amis et puis on fait des exercices intéressants aussi. Mais j'aime aussi le jeu parce que j'apprends et en même temps je m'amuse."

Un jeu qui séduit les enfants et rassure les parents

Au lieu de se balader dans les couloirs de son école, Mila se balade donc dans le village de PowerZ, accompagné par son bébé dragon. Son exercice préféré, c'est le "Hall des Épreuves" : "il faut courir dans un long couloir en faisant des calculs. Il y a trois portes avec un chiffre écrit sur chacune et il faut passer par celle qui correspond au résultat du calcul qui s'affiche. Si c'est bon, on continue, sinon on perd une vie". "Je préfère les maths au français. C'est des calculs qui sont faciles quand on les pose lentement sur une feuille. Mais là, il faut faire de tête et aller vite. Donc j'apprends à calculer rapidement", sourit la petite fille.

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Pas fan des jeux vidéo, Christophe, le papa de Mila, est lui aussi convaincu par PowerZ. "On est assez exigeant sur ce qu'on leur fait voir dans les écrans. Ce jeu est beau et il leur apprend des choses. Je pense que c'est une bonne introduction au monde des jeux vidéo", estime ce développeur informatique. "Autant que ça commence par un jeu éducatif avec un contenu positif et qu'on peut contrôler. On n'est pas derrière les enfants à regarder tout le temps ce qu'ils font mais je trouve ça intéressant de jouer en famille. Ça permet aux enfants d'exprimer ce qu'ils font et de notre côté ça nous permet de voir ce qu'ils apprennent et ce qui les intéresse le plus."

Éveiller la curiosité des enfants

Conçu comme un livre avec plusieurs chapitres qui débloquent petit à petit de nouvelles matières et de nouveaux exercices, PowerZ est aussi un jeu co-construit avec les enfants. "On ne veut pas leur imposer une façon de jouer pensée par des adultes. Donc, à tout moment, ils peuvent donner leur avis, demander à ce qu'on ajoute de nouveaux éléments. C'est participatif", explique Emmanuel Freund. C'est comme ça que Mila a proposé de mettre des tyroliennes pour se déplacer entre le haut et le bas du village. "J'étais trop contente de voir qu'ils les avaient mises après mon message", se réjouit la petite fille.

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"Plus que de leur apprendre des notions scolaires, l'idée c'est vraiment d'éveiller la curiosité des enfants. On veut que, quand ils jouent à PowerZ, ils aient envie d'en savoir plus sur le monde et que ça leur donne aussi envie de créer eux-mêmes des choses", appuie Emmanuel Freund. Le jeu ne fait que commencer donc et il est amené à évoluer rapidement. Une trentaine de personnes travaillent désormais sur PowerZ, rémunérées grâce à un sytème original : le prix du jeu est libre, chaque joueur décide du montant de son abonnement, de zéro à dix euros par mois.