Discrimination : les conclusions implacables d'un testing bancaire

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Un vaste testing mené à Villeurbanne a permis de mettre en lumière les discriminations subies par les personnes d'origine maghrébine et africaine. Celles-ci ont notamment plus de mal à obtenir un prêt bancaire ou une aide à la création d'entreprise.

Pour obtenir un prêt dans une banque, mieux vaut être un homme blanc. C'est le résultat d'une opération de testing inédite, commanditée par la mairie de Villeurbanne, près de Lyon. Quelque 90 tests ont été menés dans une douzaine d'agences bancaires de la ville, de BNP Paribas à la Caisse d'épargne en passant par la Société générale et La Banque Postale. Et les résultats sont sans appel. Ils montrent que les personnes d'origine maghrébine ou africaine sont souvent discriminées pour l'accès à un prêt immobilier ou un prêt à la création d'entreprise.

Des prêts plus longs et moins intéressants. Le cadre du testing est simple : deux hommes du même âge, avec le même métier et le même revenu. Entre eux, une seule différence : l'un est supposé sans origine migratoire, l'autre est d'origine maghrébine ou africaine selon les cas. Le test met en évidence que le premier est reçu plus longtemps que le second (c'est le cas dans 19 agences sur 28) et, au final, reçoit de meilleures offres. "On va proposer un prêt sur 25 ou 28 ans à l'un, alors qu'à l'autre, qui a la même solvabilité, on lui parlera de 20 ou 25 ans", détaille Éric Cédiey, le directeur d'ISM Corum, qui a commandité l'étude. "On a aussi des cas où la durée de remboursement proposée est la même aux deux testeurs, mais le taux d'intérêt était inférieur lorsqu'il était proposé à celui qui semble n'avoir aucune origine migratoire." C'était le cas dans six agences sur neuf. 

"Je n'ai pas passé l'étape du couloir". Le constat est valable pour un prêt immobilier comme pour un prêt à la création d'entreprise. C'est ce qui est arrivé à Expedit. Ce Camerounais de Villeurbanne a demandé à deux banques de financer son projet de création d'une entreprise de livraison. En vain. "J'ai été reçu debout, dans un couloir. On ne m'a même pas fait asseoir et le dossier n'a pas été consulté", explique-t-il. "C'était tout de suite un refus. J'aurais bien voulu avoir des raisons, qu'on passe sur le terrain de la démonstration de la faisabilité du projet. Mais non, je n'ai pas passé l'étape du couloir."

Face à ce testing accablant pour les banques, le défenseur des droits Jacques Toubon leur a demandé de changer leurs pratiques et de mieux former leur personnel pour éviter ces discriminations.

Europe 1
Par Jean-Luc Boujon, édité par M.B.