Devenir dealer (ou guetteur) à Vannes pour 200 euros par jour, c'est possible

, modifié à
  • A
  • A
Partagez sur :
Excédés par le trafic de drogue en bas de chez eux, les habitants du quartier du bois de Kermesquel, à Vannes, ont choisi de réagir avec humour. Ils ont publié une fausse annonce de recrutement de dealer pour faire réagir les autorités locales. Europe 1 s'est rendue sur place.
REPORTAGE

Ils sont au bout du rouleau ! Une centaine de riverains du bois de Kermesquel, à Vannes (Morbihan), subissent depuis six mois le trafic de drogue. Une vingtaine de dealers et de guetteurs ont investi le lieu sans complexes, déambulant encagoulés devant petits et grands. Des heurts ont déjà eu lieu entre les habitants et les trafiquants. Le correspondant d'Europe 1 dans l'Ouest a tendu son micro à des riverains excédés.

"Nos enfants se font agresser verbalement. On les intimide. Les plus jeunes ont très peur car très souvent, les dealers sont masqués. Ils portent une cagoule pour nous dire ‘maintenant, c’est nous qui faisons la loi et vous vous taisez, vous subissez", témoigne une habitante du bois de Kermesquel, consternée.

"C’est quasiment 200 visites quotidiennes de consommateurs"

Nathalie, elle, déplore des heurts : "Au niveau des adultes, il y a eu une agression physique, quelqu’un qui a reçu un coup de poing. Je suis très inquiète". Pour tenter d'enrayer le phénomène et de faire réagir le maire de Vannes et la police, les riverains ont placardé des affichettes provocantes sur des abribus.

On peut y lire : "Dans le cadre du développement du trafic de drogues au bois de Kermesquel, nous recherchons rapidement, DEALER / GUETTEUR". Les compétences requises ? "Avertir le plus rapidement possible de l'arrivée de la police (nationale et municipale)", "accueillir les clients", "intimider les riverains" ou encore "détériorer un maximum l'espace naturel"...

Dealer format

Et le profil ? "Idéalement mineur, d'un naturel fainéant, vous aimez l'argent facile et vous n'avez pas peur de crier !". Si l'affiche se veut humoristique - avec un salaire proposé à 200 euros nets par jour -, la situation n'en est pas moins alarmante.

Camille, mère de trois enfants, explique : "C’est quasiment 200 visites quotidiennes de consommateurs sans qu’on ait le sentiment que les pouvoirs publics peuvent se saisir de ce problème-là pour l’endiguer le plus rapidement possible. Il y a une vraie incompréhension". Et à la question "que vous disent vos enfants ?", elle répond, affligée : "Maman, c’est ça un trafiquant de drogue ? Ça me peine... mon garçon a 9 ans et je n’ai pas envie qu’à cet âge là, il sache ce qu’est un dealer".

Le maire de Vannes, David Robo, réclame des renforts de police nationale, pour l'instant sans succès.

Europe 1
Par François Coulon, édité par Maxime Dewilder